A bonne école…

A bonne école…
Jean-Paul BRIGHELLI
Jean-Claude Gawsewitch, 03/2006, 335 p.

Jean-Paul BRIGHELLI : Aucune vaine polémique dans ce livre. Ni élitisme forcené, ni nostalgie exagérée : après La Fabrique du crétin, Jean-Paul Brighelli a rassemblé les suggestions de ses lecteurs, pour que vive l’école. Normalien, agrégé de lettres, après trente ans d’expérience dans les établissements les plus divers, il a décidé de mettre sa colère au service de l’Éducation.
Résumé :
L’école se meurt, l’école est morte : enseignants ou parents, pédagogues et politiques, tous sont d’accord sur le constat. Le Savoir est lettre morte. La baisse de niveau généralisée a accentué l’inégalité des chances. L’ascenseur social est en panne. Les élèves eux-mêmes, peu flattés d’être désormais des « apprenants », et de décrocher un bac dévalué, souhaitent que l’on sonne la fin de la récréation.
À bonne école est un livre de propositions. Son objectif central est de réconcilier le diplôme avec la compétence, et avec la connaissance, afin que chacun aille au plus haut de ses capacités. Programmes et formations doivent désormais viser l’excellence, parce qu’il faut de nouveaux maîtres pour de nouvelles ambitions.
Commentaire (B.A., 12/2006) :

Un élève a bien plus de devoirs que de droits. (p 157)
Voilà le genre de chose qu’il est interdit de dire et même de penser depuis une trentaine d’années. Mais Jean-Paul Brighelli ne pratique pas la langue de bois. Avec des formules tapant comme des slogans, il rappelle un certain nombre de vérités que le “pédagogiquement correct” est parvenu à chasser des écoles. Cette dictature molle s’est tellement imposée au fil des années que les propos de Brighelli en seraient presque inconvenants, s’ils n’étaient frappés au coin du bon sens.
Avec une jubilation qui nous est familière depuis La fabrique du crétin, l’auteur s’en prend aux pédagogistes. Un passage évoque comment ils ont investi les différents niveaux hiérarchiques de l’Éducation nationale : Puis ils se sont recrutés les uns les autres. En investissant les organes de décision, pendant que les soutiers continuaient à travailler dans les écoles, les collèges et les lycées. Ce n’est un secret pour personne : les pédagogues sont presque tous des gens sans diplômes, qui ont enseigné aussi peu que possible dans le primaire ou le secondaire. Des imposteurs. Cette incompétence qui fait leur force, ils l’ont camouflée sous un discours de cuistres, tout en se faisant donner en sous-main, sur tapis vert, les diplômes qu’ils n’avaient pas. Demandez donc à ces gens qui s’affichent certifiés ou agrégés quand, et avec quels programmes, ils ont effectivement passé les concours ! (p 90) C’est tellement vrai que l’on s’étonne aujourd’hui que personne ne s’en soit rendu compte plus tôt. Le ton devient menaçant : Nous sommes en mars-avril 44. Les collabos d’hier sentent le vent tourner. Nous sommes allés si loin dans l’ignominie que le balancier est reparti en arrière. (p 91). Ajoutant : Peut-être faudra-t-il un jour demander des comptes à ceux qui ont affirmé, depuis vingt ans, que l’ignorance c’est la force, et que l’esclavage, c’est la liberté. (p 301)
Brighelli aborde dans ce livre les solutions pour sortir l’École française du processus de délitement dans lequel elle semble irrévocablement engagée. Il s’intéresse notamment au Primaire, et veut redonner toute sa place et son importance à la Maternelle : D’abord, avant tout, reprendre la formation à la base, à l’école maternelle et au CP, là où tout se joue avant six ans – et, aujourd’hui, pour le pire. Et, de proche en proche, remettons le Savoir, le Travail, l’Effort, l’Humilité et la Difficulté vaincue au centre du système. (p 33) La mission difficile est résumée en une phrase : D’un enfant-roi, l’école doit faire un élève parmi d’autres. (p 170)
Je partage la plupart des points de vue de l’auteur. Notamment quand il dit qu’instituteur et professeur sont deux métiers distincts, non seulement parce qu’ils ne s’adressent pas aux mêmes publics, et n’enseignent pas la même chose, mais parce que fondamentalement l’essence de ces deux professions est dissemblable. Un instituteur enseigne des certitudes, un professeur enseigne des doutes. (p 139-140)
Brighelli apporte aussi des solutions originales. En matière de redoublement, il faudrait dire aux parents qui s’y opposent : Autant revenir au système de l’examen : vous voulez absolument passer ? Très bien : prouvez que vous en êtes capable. (p 179). Pour l’inspection aussi, j’ai trouvé une excellente idée : Un système d’inspection en deux temps, pour évaluer l’état des élèves, puis pour évaluer leur niveau quelques mois plus tard. (p 280) Ce système, sans doute difficile à mettre en place dans les conditions actuelles, serait plus juste que ce que nous connaissons : Et je passe sur ces inspections, particulièrement dans le primaire, où pour d’obscures raisons idéologiques, on apprécie moins le travail effectif qui se fait, ou le niveau des élèves, que la procédure. Non pas : « Les objectifs sont-ils atteints ? » mais : « L’enseignant est-il, face à ses apprenants, un vrai pédagogue selon les normes de saint IUFM ? ». (p 150)
A la fin du livre, l’auteur a ajouté quelques témoignages d’un grand intérêt. Dans celui de Pierre Jourde, je relève cette phrase qui parle de la formation initiale des enseignants – mais qui est valable aussi pour la formation continue : Au cours de ces séances où la morosité et la grisaille prennent la profondeur insidieuse d’une torture, ils vous apprennent à ne pas ennuyer les élèves. (p 306)
Le livre est tout à fait complet, puisque même le site appy.ecole est cité (p 97, n 2), ce dont je remercie l’auteur.
Terminons sur ce qui devrait nous servir de boussole pour l’École : La question n’est pas de promettre la lune à tous les enfants. C’est de permettre à tous d’aller au plus haut de leurs capacités – pas de leurs ambitions. Ce serait déjà formidable. (p 278).

Source : Appy Ecole

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