De Claudine Proust dans Le Parisien
« De la sévérité des dictées dépend la grandeur des nations. » Ainsi écrit Marc Le Bris. Ce matin de rentrée printanière, il arrive avec une pile de cahiers sous le bras, en chemise blanche. Sans blouse grise. On s’y serait presque attendu, vu tout ce qui a pu se dire sur le personnage. Mais non, il n’en a jamais eu.
Pas plus qu’il ne tape sur les doigts des élèves à coups de règle. Regard malicieux derrière de petites lunettes, il est un peu stressé. Dans une demi-heure, les élèves piafferont devant le bâtiment moderne posé en sortie de village. Photocopieuse et ordinateur renâclent. L’instituteur et directeur de cette école rurale de six classes, à doubles niveaux, n’aime pas ça. Etre à l’heure, attaquer son programme au cordeau, tout de suite, fait partie de « sa » méthode.
Ordre, précision, silence… et pas de fioritures. Dans sa classe de CM 1-CM 2, hormis une carte du monde, il n’y a pas grand-chose qui puisse détourner l’attention. Ni dans l’emploi du temps. Une sortie par an, pas plus. S’il accepte que la gendarmerie vienne faire passer un permis piéton à ses élèves, « parce que c’est important », il refuse le reste : « Sinon on passerait notre temps à aller nettoyer les rivières. » Les enfants, à l’aise avec leur instit, même quand il les rabroue pour qu’ils remettent leurs genoux droit sous le bureau, n’ont pas l’air de s’en plaindre. Ni d’apprendre le COD avec un texte d’Hugo ou, comme ce matin, un texte tiré du « Roman de renard », « écrit en langue du Moyen Age », comme l’observe un petit blond facétieux de CM 2. Ils écoutent avec curiosité les explications, les mots nouveaux, « goupil » ou « pelisse ». « Allez hop, grammaire ! » Et on enchaîne : « Le mot qui remplace un nom s’appelle ? Un pronom ! » Et on répète, quatre fois… « Pour apprendre, il faut répéter », justifie le maître.
« Je ne suis pas contre la modernité »
Les élèves boivent ses paroles quand il attaque le cours d’histoire, qu’il « raconte » assis face à eux. Captivés par Louis XV, ébahis par la robe de la Pompadour, sur ces tableaux qu’il affiche via l’ordinateur sur l’écran, rectangle de modernité qui surplombe le tableau noir où l’on écrit encore à la craie. « Je ne suis pas contre la modernité quand elle est utile, sinon, elle m’emmerde », confie-t-il.
L’école, pour ce « laïcard acharné », ex-ado de 1968 revenu du trotskysme, est là pour « apprendre, pour instruire », pas pour éduquer : « Si, à l’école, on fait de l’école, les comportements s’améliorent. Si l’école s’occupe des comportements, ils s’aggravent et on ne sait ni lire ni réciter », juge le maître.
Sorti de l’école normale dans les années 1975, il dit avoir tout testé de ce qu’il y avait appris, refusé l’ordre, les notes. « Mais j’avais en tête ce que les élèves de mon père savaient en CM 2 et je me suis aperçu que je n’arrivais pas au même résultat avec ce que l’Education nationale a présenté pendant trente ans comme LA bonne manière. Alors j’ai tâtonné, cherché. » Et finalement chez lui, on lit, on récite, on conjugue, selon un programme immuable. Lecture et calcul mental avec ardoise tous les jours. Lundi, c’est grammaire, maths et histoire, mardi conjugaison, jeudi rédaction, sport, dessin, chant quand même… Et vendredi, dictée… sévèrement notée ! « Les notes ne sont pas pour moi, je sais ce que chaque élève vaut. Mais eux en ont besoin, pour savoir ce qu’ils valent. Ne pas donner la possibilité aux enfants de se mesurer entre eux, c’est leur refuser la possibilité de sortir du lot. »
Si l’on en croit les parents, qui l’ont toujours soutenu, ils y arrivent les gamins de Médréac. « Largement au niveau quand ils débarquent en 6 e », sourient Elodie et son voisin, dont les sept enfants sont passés à l’école Le Bris.




























