Originellement, la devise socratique Connais-toi toi-même[ii]se rapporte davantage à la connaissance de l’homme (qu’est-ce que l’homme ?) qu’à la connaissance du sujet (qui suis-je ?). Ces deux aspects se complètent pourtant et disent bien le travail que l’homme réalise pour s’appréhender lui-même. Il faut bien se faire une idée sur la nature de l’homme (quelle est notre place dans le cosmos ?) et prendre sa place parmi les hommes (quelle est ma place dans la société ?).
Ce questionnement, qui est propre à l’homme, est aujourd’hui difficile à mener. Les nombreux échanges culturels rendent accessibles des anthropologies qui ne s’accordent pas. Les découvertes scientifiques semblent contredire ce qui semblait établi par des sagesses multimillénaires. Les idéologies réduisent l’homme à sa seule matérialité. Comment se déterminer dans ce contexte ? L’homme renonce souvent à choisir à moins qu’il n’emprunte à plusieurs traditions pour construise un système de valeurs hétéroclites. Ce faisant, il reste en deçà des exigences de sa raison[iii].
La difficulté est particulièrement vive à l’adolescence où commence ce questionnement. Les repères transmis par les parents et paisiblement accueillis pendant l’enfance sont soumis à des examens contradictoires jusqu’à épuisement des arguments (ou des combattants). Les questions peuvent sembler théoriques, elles n’en touchent pas moins au plus intimes. C’est lui-même, comme sujet, que l’adolescent recherche. Mais pour cela, il lui faut non seulement accepter l’inconfort d’une intériorité bouleversée par les changements pubertaires mais subir (à défaut de choisir) le labeur de construction de cette intériorité pour qu’elle corresponde aux exigences d’une vie d’adulte.
Telle que nous l’aborderons au cours de cette année, l’intériorité sera distinguée de la vie spirituelle. Parce qu’elle en est la condition, il nous faut aider les adolescents à découvrir cette dimension de leur personne et à en prendre possession. L’intériorité devrait être la grande campagne d’exploration au programme de l’adolescence. Ce monde intérieur ne sera jamais totalement cartographié mais il ne saurait rester terra ingognita. Il en va de la dignité de l’homme mais aussi de sa vocation et de sa béatitude.
1. Aider les éducateurs à honorer la dimension spirituelle de l’être humain[iv]
Les institutions éducatives catholiques (enseignement catholique, accueil de loisirs, centres de vacances, etc.) participent à la mission de l’Eglise. Elles veulent tout à la fois enseigner, éduquer et évangéliser. C’est à dire révéler la personne à elle-même dans toutes les dimensions de son être. La plus profonde est sa capacité de communion dans l’amour avec des frères et avec Dieu. Cette dimension suppose d’avoir connu et appris le sens de la vie de l’esprit.
Cette perspective est le canal de la transmission de la foi et elle n’est pas facultative. Elle sait s’adapter lorsque les enfants ne sont pas chrétiens et même lorsqu’ils sont majoritairement d’une autre confession. Mais que faire lorsque les cadres éducatifs ne sont plus majoritairement eux-mêmes chrétiens ? Comment maintenir le projet de l’institution éducative ? Comment poursuivre la mission d’évangélisation et sous quelle forme ?
La réflexion menée par l’Enseignement catholique va dans ce sens. L’éveil et la transmission de la foi sont une des finalités des équipes éducatives, même si tous ses membres ne sont pas aptes à témoigner de la foi chrétienne. Il convient de leur demander de découvrir eux-mêmes la dimension spirituelle de l’être humain et de laisser ouverte la question de Dieu.
Si l’on se pose la question de la mission de l’Eglise dans les institutions éducatives, il ne fait pas de doute qu’elle passe par l’intériorité : par l’ouverture des cœurs (et de ce fait, à la transcendance). La première annonce de
2. Aider les jeunes à prendre possession de leur espace intérieur
Les adolescents que nous accompagnons aujourd’hui sont nés avec les technologies de l’information et de la communication (TIC). Ils sont, selon un vocable récent, des digital natives[v]. Ils ne perçoivent pas ces technologies comme intrusives car ils sont nés avec. Ils ne sont pas gênés comme les adultes par le fait qu’elles abolissent les frontières entre intérieur et extérieur. Le cercle familial devient perméable aux camarades de classe qui ne restent plus à la porte de
L’accès à l’intériorité est d’autant plus difficile que l’adolescent craint de se retrouver face à lui- même. Ce monde intérieur qu’il a connu paisible au cours de l’enfance, il ne le reconnaît plus. Ce qui s’y passe lui est étranger et il parvient difficilement à apprivoiser les sentiments et les pulsions qui traversent son être : « De très nombreux jeunes ont du mal à occuper leur vie psychologique et leur espace intérieur. Ils peuvent ressentir un malaise à éprouver diverses sensations qu’ils ne savent pas identifier à l’intérieur d’eux-mêmes ou au contraire les rechercher en dehors des relations et des activités humaines. Nous rencontrons de plus en plus des personnalités impulsives, toujours dans l’agir, réalisant difficilement que, dans le meilleur des cas, l’action doit être reprise et médiatisée par
Dans notre souci d’aider les jeunes à prendre possession de leur espace intérieur, nous ne pourrons ignorer deux phénomènes récents : le développement de vidéos pornographiques sur les téléphones portables et la consommation d’alcool par des mineurs de plus en plus jeunes. Que se passe-t-il ? S’agit-il de nouvelles « aires de jeux » comme le happy slapping (vidéo lynchage) apparu en France courant 2006 ? Parents et éducateurs sont souvent démunis devant ces pratiques qui sont par ailleurs difficiles à repérer. Il est en effet très facile de dissimuler de la vodka dans une bouteille d’eau minérale ou de transférer un MMS aux camarades de classes.
3. Aider les éducateurs et les jeunes à grandir dans la vie de l’Esprit
L’ouverture à l’intériorité conduit l’homme à écouter sa conscience. Elle est nécessaire pour une vie morale qui ne soit pas d’abord obéissance à une loi extérieure mais à une loi inscrite dans le cœur de l’homme[vii]. L’adolescence est une acquisition progressive de l’autonomie qui devrait toujours s’accompagner d’un apprentissage du discernement. L’homme de bonne volonté est à l’écoute de sa conscience, mais ne l’absolutise pas. Il sait la nécessité de l’éclairer par une réflexion personnelle qui accueille la sagesse des hommes qui ont vécu avant lui. L’écoute de la conscience pourra être un chemin vers l’écoute de ce Dieu qui se révèle au cœur de l’homme.
L’intériorité est non moins nécessaire pour la vie spirituelle. L’homme en quête de Dieu le cherchera naturellement en des lieux élevés. Mais en vérité, c’est au fond de la conscience que se trouve le sanctuaire où l’homme rencontre Dieu. Saint Augustin dira de Lui : interior intimo meo et superior summo meo (plus intérieur que ce qui est le plus intérieur en moi et plus élevé que ce qui est le plus élevé en moi) [viii]. Lorsqu’il entre en lui-même, l’homme peut s’émerveiller mais aussi désespérer de ce qu’il y trouve. L’intériorisation n’a pas pour objet de nourrir Narcisse mais de permettre la rencontre du Dieu vivant.
La prière est cet élan qui nous précède et qui conduit à la rencontre de Dieu. Mais toute prière, quelle soit personnelle ou communautaire, doit être purifiée pour être véritablement une rencontre avec le Dieu de
Père
[i] On retrouvera les vidéos et les documents de ces formations dans l’Intranet du site diocésain, rubrique Adolescence/Formations 2008-2009.
[ii] Citation partielle de l’inscription gravée sur le fronton du temple d’Apollon à Delphes.
[iii] « On constate aujourd’hui un certain relativisme culturel qui se manifeste de manière évidente en érigeant en théorie et en défendant le pluralisme éthique, qui est la preuve de la décadence et de la dissolution de la raison et des principes de la loi morale naturelle. » Cardinal Ratzinger, Note doctrinale concernant certaines questions sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique, 24 novembre 2002.
[iv]Paragraphe rédigé avec l’aide du père
[v] Sylvie Octobre, Pratiques culturelles chez les jeunes et institutions de transmission : un choc de culture ?, Prospective 2009-1, Ministère de la Culture et de la Communication, p. 1.
[vi]http://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/laity/Colonia2005/rc_pc_laity_doc_20030805_p-anatrella-gmg_fr.html
[vii] Concile Vatican II, Gaudium et spes, n°16
[viii] Saint Augustin, Confessions, III, 6, 11.






















