On parle beaucoup, aujourd’hui, de la « crise de l’école ». La question des méthodes pédagogiques est abondamment traitée, celle des structures l’est beaucoup moins. Ce sont pourtant ces structures qui permettent aux syndicats d’enseignants de gauche et d’extrême-gauche de généraliser l’inculcation des valeurs progressistes à l’ensemble des élèves du pays.
En 2005, le professeur-essayiste Jean-Paul Brighelli avait diagnostiqué la mort de l’école dans sa Fabrique du crétin. Comme cela arrive parfois dans le débat public français, le constat était le bon, l’interprétation des causes étant, elle, totalement erronée. Brighelli, ancien trotskyste, attribuait au « néo-libéralisme » la crise de l’école. Pour lui, le « pédagogisme » prôné par son éternel ennemi, l’influent Philippe Meirieu, était une arme du libéralisme pour faire des élèves des consommateurs abrutis et les rendre ainsi incapables de faire la Révolution prolétarienne. Rappelons que le même Philippe Meirieu préconisait aux professeurs de français de faire lire des notices de machine à laver à leurs élèves, plutôt que de leur infliger la lecture de grands classiques bourgeois, et donc élitistes.
Exception faite de cette anecdote qui en dit long sur le mépris des « pédagogues » pour leurs élèves, l’attribution du décès de l’école au capitalisme ne tient pas : l’Éducation nationale est un monopole étatique, et l’idée-même que les parents puissent librement choisir l’école de leurs enfants est systématiquement dénoncée par les syndicats comme une entrave au sacro-saint principe d’égalité.
Mais il y a plus grave : au centre, et même à droite, les idées brighellistes ont une audience certaine, Brighelli dénonçant les pratiques pédagogiques qui ont cours depuis que l’école a été abandonnée aux syndicats d’extrême-gauche. Il suffirait, pour la droite jacobine et bonapartiste, de changer les mauvaises méthodes pour sauver l’école. Sans réfléchir davantage sur les structures technocratiques qui ont permis que ces mauvaises méthodes puissent être généralisées à toutes les écoles d’un pays…
C’est précisément le problème que posent les programmes scolaires. Tant que les administrateurs de l’Éducation nationale auront le pouvoir d’imposer des programmes à tous les petits Français, ils pourront ainsi instiller dans ces programmes des convictions politiques plutôt orientées… à gauche.
Les Français n’apprendront plus le baptême de Clovis
Le programme d’éducation civique, associé à celui d’histoire-géographie, est encore plus révélateur : le premier chapitre est consacré à « des êtres humains, une seule humanité », le second chapitre allant beaucoup plus loin avec « les identités multiples de la personne ». « On s’appuie sur des exemples de figures littéraires ou sur l’expérience et les représentations des élèves pour montrer que l’identité est à la fois singulière, multiple et partagée », expliquent les (re)programmateurs.
Autrement dit, une porte laissée grande ouverte à l’imposition de la théorie dite du « Gender »…
On pourrait penser, continuant notre réflexion sur le caractère « soviétiforme » des structures de l’Éducation nationale et des dérives qu’il entraîne, que seuls les programmes du collège unique sont affectés. Le lycée général, naguère dévolu à la découverte des humanités classiques, serait épargné.
Le christianisme vu comme une religion parmi d’autres
Las ! Le lycée général n’a pas échappé au réalignement des programmes vers des thèses encore plus orientées qu’elles ne l’étaient jusqu’ici. Alors que le lycée est censé, après un parcours commun au collège, répartir les élèves selon leur profil (général, technologique, professionnel), les réformateurs « de droite » du ministère ont décidé que le lycée devrait désormais être un lycée… « pour tous ».
L’avant-programme d’histoire-géographie de seconde présente une étrange similitude avec le programme de cinquième évoqué plus haut. Alors que le programme actuel cherche dans le passé les fondements du monde contemporain, à travers la démocratie athénienne, le christianisme ou la Révolution française, il s’agit désormais d’élargir le regard vers les « mondes perdus », des Celtes d’avant la romanisation à la Chine des Ming ou à la Mexico des Aztèques. Une idée qui fait écho à celle exprimée par le ministre de l’« Identité nationale », Éric Besson, selon laquelle les élèves devraient connaître « les mondes dont nous venons ». Exit donc l’étude spécifique de la naissance du christianisme, place aux religions au pluriel, dont le christianisme ne serait qu’un simple élément.
Tout comme dans le programme de cinquième, l’avant-programme de géographie de seconde met l’accent sur le « développement durable », et invite donc à réfléchir à « d’autres modes de développement », comme si le rôle des élèves, et même des professeurs, était comparable à celui des chercheurs chargés de plancher sur ces questions complexes. Il s’agit moins, en définitive, d’éveiller les enfants au monde que de les mobiliser sur des thématiques éminemment politiques.
Comment réfléchir en classe sur « d’autres modes de développement » sans que le cours dérive vers une discussion de café du commerce sur l’urgence à « sauver la planète » en étant « responsable » ?
Et donc à exiger l’implantation d’éoliennes dans le paysage, alors que leur utilité est très douteuse ?
Si l’on voulait concilier l’approche de Jean-Paul Brighelli et la nôtre, l’on pourrait qualifier l’école actuelle de « fabrique du crétin progressiste », même si la redondance de la formule peut déplaire.
Elle décrirait bien, en tout cas, l’image qu’envoie une école où l’on se gargarise dès l’école primaire d’Europe des 27, mais où l’on omet d’apprendre aux élèves à placer les pays européens sur une carte.
Roman Bernard




























