Elle doit faire face à une demande d’inscriptions croissante mais la loi des finances de 1985[1] (toujours en vigueur) lui interdit de scolariser plus de 20% des enfants. Résultat : chaque année l’École Catholique est obligée de refuser des dizaines de milliers d’élèves faute de place. On constate, au passage, que le nombre de postes dans le privé ne dépend pas de la demande des familles mais est indexé sur les moyens attribués à l’enseignement public, ce qui porte en soi atteinte à la mission d’accueil de l’École Catholique. Par École Catholique (avec une majuscule en début de mot) nous entendons l’ensemble des écoles sous l’autorité de l’épiscopat français.
Quelle est la mission de l’École Catholique ?
Avant de rentrer dans l’analyse de la situation de l’école privée catholique en France, nous souhaitons rappeler la mission de l’École Catholique telle qu’elle est définie par le Magistère.
« La présence de l’Église dans le domaine scolaire se manifeste à un titre particulier par l’école catholique. Tout autant que les autres écoles celle-ci poursuit des fins culturelles et la formation humaine des jeunes. Ce qui lui appartient en propre c’est de créer dans la communauté scolaire une atmosphère animée d’un esprit évangélique de liberté et de charité, d’aider les adolescents à développer leur personnalité en faisant en même temps croître en humanité cette créature nouvelle qu’ils sont devenus par le baptême et finalement d’ordonner toute la culture humaine à l’annonce du Salut, de telle sorte que l’enseignement transmis par les éducateurs et acquis par les élèves, soit illuminé par la foi. »
Gravissimum educationis mentum, Concile Vatican II, 28 octobre 1965
« La complexité du monde contemporain nous convainc de la nécessité de redonner consistance à la conscience de l’identité de l’école catholique. C’est de l’identité catholique, en effet, qu’émergent les traits d’originalité de l’école qui se « structure » comme sujet ecclésial, comme lieu d’une authentique action pastorale spécifique. L’école partage la mission évangélisatrice de l’Église et est un lieu privilégié où se réalise l’éducation chrétienne. »
L’École catholique au seuil du troisième millénaire, Congrégation pour l’Éducation Catholique, 28 décembre 1997
L’École Catholique se veut donc porteuse de la foi catholique[2]. Aujourd’hui le problème est que la seule réponse donnée officiellement par l’Église aux besoins éducatifs variés des familles est l’école sous contrat. Or, l’école catholique sous contrat, en raison du lien qui l’unit à l’État, est confrontée à deux limites réelles qui l’empêchent bien souvent de mener à bien un projet éducatif chrétien délivrant explicitement le message de l’Église.
[1] Lois N° 84-1208 du 29 décembre 1984 et n° 85-97 du 25 janvier 1985
[2] Les écoles catholiques sous contrat représentent 97% des écoles privées
L’enseignement de l’école privée catholique sous contrat est strictement identique à celui de l’enseignement public. Le contenu des programmes pose parfois problème et peut s’opposer au message de l’Église.
Depuis la loi Debré de 1959, les établissements qui passent un contrat d’association avec l’État sont dans l’obligation d’appliquer les programmes de l’enseignement public. L’État prend en charge les dépenses de fonctionnement des classes sous contrat, en contrepartie ceux-ci dispensent un enseignement « selon les règles et programmes de l’enseignement public ».[1] Cela n’est pas sans poser certains problèmes car l’esprit sous-jacent aux programmes n’est nullement un esprit catholique (voir annexes 7 et 8 qui montrent comment l’école de la IIIème République, dont est issue l’école actuelle, s’est construite contre l’Église). L’école privée catholique sous contrat se voit donc paradoxalement dans l’obligation d’enseigner des notions qui sont parfois en opposition directe avec ce que dit l’Église.
Voici quelques exemples concrets pour illustrer notre propos : cliquez ici s.v.p.
Ce tableau, qui est loin d’être exhaustif, laisse aisément percevoir l’écart entre le contenu de l’enseignement donné et le message de l’Église sur le même thème. Ce problème se rencontre à tous les niveaux de la scolarité (primaire, collège, lycée).
Ainsi, si nous prenons l’exemple de l’éducation à la sexualité, nous constatons que les bases sont radicalement différentes : les manuels en conformité avec les programmes donnent à penser au jeune qu’il est normal d’avoir une vie sexuelle hors mariage alors que l’Église nous dit que cela n’est pas un chemin de vie (annexe 9). On peut regretter le manque de neutralité de ces ouvrages qui ne proposent que la contraception comme moyen de vivre sa sexualité. Nous regrettons également que les collèges où les jeunes entendent parler de manière positive de la virginité avant le mariage, la fidélité entre époux ou la régulation naturelle des naissances soient rares. En ce qui concerne les méthodes naturelles on constate que les manuels ne les mentionnent pas ou les exposent de manière rapide et négative. Tout ce qui concerne la bioéthique pose également problème.
Le souci d’être ouvert à tous conduit certainement à adopter certaines postures privilégiant une manière plus implicite d’annoncer l’Évangile. Cependant cela s’avère assez préoccupant si ces postures se révèlent être l’unique proposition de l’Église Catholique dans le milieu éducatif.
[1] Loi Debré, article 4. Loi consultable sur : http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/loidebre/sommaire.asp
L’École Catholique doit être en mesure de donner un éclairage chrétien à tout ce qui est enseigné
Afin de réaliser sa mission première, l’École Catholique doit aussi être garante d’un enseignement ordonnant de manière affirmée son contenu à la lumière de la foi:
« De la nature de l’école catholique tire aussi son origine un des éléments les plus expressifs de l’originalité de son projet éducatif : la synthèse entre culture et foi. Le savoir en effet, placé dans l’horizon de la foi, devient sagesse et conception de vie. La tension à conjuguer raison et foi, devenue l’âme de chacune des disciplines, leur donne unité, articulation et coordination, en faisant émerger de l’intérieur même du savoir scolaire la vision chrétienne du monde, de la vie, de la culture, de l’histoire. Dans le projet éducatif de l’école catholique on ne fait donc pas de séparation entre les temps d’apprentissage et les temps d’éducation, entre les temps de la connaissance et les temps de la sagesse. »
(L’École catholique au seuil du troisième millénaire, Congrégation pour l’Éducation Catholique, 28 décembre 1997)
Nous constatons que, concrètement, en raison du monopole, dans sa structure, des établissements privés sous contrat, l’École Catholique offre essentiellement une éducation chrétienne se limitant à une heure de catéchisme par semaine, uniquement pour les élèves volontaires avec, dans certains établissements, la possibilité d’accéder aux sacrements.
« Ainsi donc, le seul fait qu’il s’y donne une instruction religieuse (souvent avec trop de parcimonie) ne suffit pas pour qu’une école puisse être jugée conforme aux droits de l’Église et de la famille chrétienne et digne d’être fréquentée par les enfants catholiques.
Pour cette conformité, il est nécessaire que tout l’enseignement, toute l’ordonnance de l’école, personnel, programmes et livres, en tout genre de discipline, soient régis par un esprit vraiment chrétien sous la direction et la maternelle vigilance de l’Église, de telle façon que la religion soit le fondement et le couronnement de tout l’enseignement, à tous les degrés, non seulement élémentaire, mais moyen et supérieur: « Il est indispensable, pour reprendre les paroles de Léon XIII, que non seulement à certaines heures la religion soit enseignée aux jeunes gens, mais que tout le reste de la formation soit imprégné de piété chrétienne. Sans cela, si ce souffle sacré ne pénètre pas et ne réchauffe pas l’esprit des maîtres et des disciples, la science, quelle qu’elle soit, sera de bien peu de profit ; souvent même il n’en résultera que des dommages sérieux. »»
(Encyclique Divini Illius Magistri sur l’Éducation chrétienne de la jeunesse du pape Pie XI, 31 décembre 1929)
« Marginaliser l’enseignement de la religion dans les écoles équivaut, au moins en pratique, à choisir une voie qui peut conduire à des erreurs ou porter préjudice aux élèves. En outre, si l’enseignement religieux se limite à une exposition des différentes religions de manière comparative et «neutre», cela peut être source de confusion, ou inciter au relativisme ou à l’indifférentisme. A ce sujet, Jean-Paul II expliquait : « L’éducation catholique inclut (…) l’enseignement religieux dans le cadre du milieu scolaire, que l’école soit catholique ou publique. Les familles des fidèles ont droit à un tel enseignement et il faut leur garantir que l’école publique – justement parce qu’elle est ouverte à tous – non seulement ne mettra pas en danger la foi de leurs enfants, mais, au contraire, complètera, par un enseignement religieux adéquat, leur formation intégrale. Ce principe doit être inclus dans le concept de liberté religieuse et d’État vraiment démocratique, qui, en tant que tel, c’est-à-dire dans le respect de sa nature la plus profonde et authentique, se met au service des citoyens, de tous ses citoyens, en respectant leurs droits et leurs convictions religieuses. » »
(Lettre circulaire n. 520/2009 aux présidents des conférences épiscopales sur l’enseignement de la religion dans l’école, Congrégation pour l’Éducation Catholique, 5 mai 2009)
Aujourd’hui, au nom du respect de la liberté de conscience des élèves, il est difficile, voire impossible pour une école privée sous contrat d’ordonner les connaissances à la lumière de la foi catholique. Ce type d’établissement ne peut donc à lui seul remplir la mission assignée par le Magistère à l’École Catholique.
Ainsi peut-on lire dans le premier article de la loi Debré de 1959 :
« Dans les établissements privés qui ont passé un des contrats prévus ci-dessous, l’enseignement placé sous le régime du contrat est soumis au contrôle de l’État. L’établissement, tout en conservant son caractère propre, doit donner cet enseignement dans le respect total de la liberté de conscience. Tous les enfants sans distinction d’origine, d’opinions ou de croyances, y ont accès. »
Voici la définition de la liberté de conscience donnée sur le site de l’Assemblée Nationale « La liberté de conscience désigne une autonomie “morale” : elle est le droit pour un individu de se déterminer dans ses convictions philosophiques, religieuses, idéologiques, politiques, etc., en dehors de toute pression extérieure, qu’elle soit familiale, sociale ou politique. »[1] On comprend mieux la difficulté des établissements sous contrat à « imprégner de piété chrétienne » leur enseignement car, pour respecter la liberté de conscience, ils sont contraints à une neutralité.
Or, quelle place ont dans l’Église, les familles désireuses de transmettre à leurs enfants une éducation chrétienne et des connaissances ordonnées à la lumière de la foi catholique ? Aujourd’hui, l’École Catholique n’est pas en mesure de répondre à leurs attentes. Elles doivent s’adresser à des établissements privés « catholiques » extérieurs à l’Église, avec tous les dangers que cela peut comporter (dérives doctrinales, isolement…). Est-ce donc à dire que ces familles n’ont pas leur place dans l’École Catholique ? Voilà un non-sens que l’Église se doit de corriger.
Que l’École Catholique réponde à ces familles ! L’Église doit veiller à ce que l’École Catholique ait dans sa structure des établissements pouvant transmettre librement l’enseignement et la doctrine catholique dont la mission première sera de former des chrétiens accomplis en proposant une formation complète de leur personne.
[1] http://www.assemblee-nationale.fr/site-jeunes/laicite/utilitaires/abecedaire/abecedaire.asp
Dans les écoles catholiques le Christ doit être annoncé de manière explicite.

Paul VI :
« Le plus beau témoignage se révélera à la longue impuissant s’il n’est pas éclairé par une annonce claire, sans équivoque du Seigneur Jésus […] Il n’y a pas d’évangélisation vraie si le nom, l’enseignement, la vie, les promesses, le règne, le mystère de Jésus de Nazareth fils de Dieu ne sont pas annoncés »[1].
Jean-Paul II :
« L’école catholique mériterait-elle encore son nom si, fût-elle brillante par un très haut niveau d’enseignement dans les matières profanes, on avait quelque motif justifié de lui reprocher une négligence ou une déviation dans l’éducation proprement religieuse ? Et qu’on ne dise point que celle-ci sera toujours donnée implicitement ou de manière indirecte ! Le caractère propre et la raison profonde de l’école catholique, ce pour quoi les parents catholiques devraient la préférer, c’est précisément la qualité de l’enseignement religieux intégré dans l’éducation des élèves. »[2].
N’ayons donc pas peur de redonner au Christ sa place dans les écoles catholiques !
L’Église ne pouvait prévoir une évolution de la société dont les visions se répercutent dans les programmes.
La loi Debré a été votée en 1959 et les établissements privés se sont probablement massivement liés avec l’État à cette époque, c’est-à-dire bien avant la mise en place officielle d’une culture de mort selon les mots de Jean-Paul II :
« La culture européenne donne l’impression d’une apostasie silencieuse de la part de l’homme comblé qui vit comme si Dieu n’existait pas. Dans une telle perspective prennent corps les tentatives, renouvelées tout récemment encore, de présenter la culture européenne en faisant abstraction de l’apport du christianisme qui a marqué son développement historique et sa diffusion universelle. Nous sommes là devant l’apparition d’une nouvelle culture, pour une large part influencée par les médias, dont les caractéristiques et le contenu sont souvent contraires à l’Évangile et à la dignité de la personne humaine. De cette culture fait partie aussi un agnosticisme religieux toujours plus répandu, lié à un relativisme moral et juridique plus profond, qui prend racine dans la perte de la vérité de l’homme comme fondement des droits inaliénables de chacun. Les signes de la disparition de l’espérance se manifestent parfois à travers des formes préoccupantes de ce que l’on peut appeler une culture de mort. »[3]
Nous pensons que l’Église ne pouvait prévoir une telle évolution de la société. Certes la société française avait déjà commencé à se déchristianiser mais les valeurs reconnues et acceptées par l’ensemble de la société restaient imprégnées de la morale catholique. La plupart des lois qui vont clairement contre le projet de l’Église n’ont été votées que plus tard : légalisation de la pilule : 1967 (loi Neuwirth), légalisation de l’avortement : 1975 (loi Veil), PACS : 1999 reconnaissant officiellement l’union d’un homme avec un homme ou d’une femme avec une femme, etc.
Comment l’Église pouvait-elle imaginer qu’en acceptant les programmes de l’État, elle en viendrait un jour à corrompre son caractère propre? Jamais en 1959 on aurait eu une éducation sexuelle basée sur la contraception et l’avortement (depuis la loi du 13 décembre 2000 sur la contraception d’urgence, une jeune fille peut se procurer gratuitement la pilule du lendemain – pilule abortive – au sein des établissements scolaires – publics ou privés – par l’intermédiaire de l’infirmière scolaire et cela sans prescription médicale et sans avoir obtenu le consentement parental !).
Aujourd’hui, l’Église signerait-elle ces contrats d’association ? On peut en douter.
[1] Note doctrinale sur certains aspects de l’évangélisation, Congrégation pour la Doctrine Catholique de la Foi, décembre 2007
[2] Exhortation apostolique Catechesi tradendaæ, sur la catéchèse en notre temps, Jean-Paul II, 16 octobre 1979, n°69.
[3] Ecclesia in Europa, Jean Paul II, 28 juin 2003
Les professeurs du privé sous contrat, pour la plupart, n’ont pas la foi. Ce sont essentiellement des raisons matérielles (et non spirituelles) qui dirigent les jeunes professeurs dans l’enseignement catholique.
La seconde limite à laquelle est confrontée l’école catholique sous contrat est le manque de liberté dans le recrutement des professeurs.
En effet, depuis les accords Lang-Cloupet de 1992, le recrutement des enseignants du privé est soumis aux mêmes règles que celui des enseignants du public. Les concours sont nationaux (CAPES/CAFEP pour le secondaire) et ont lieu au même moment avec des sujets identiques. Le chef d’établissement n’a donc plus la véritable liberté de recruter les professeurs qu’il veut ; son choix se restreint à donner sa préférence entre les candidats envoyés par l’Éducation nationale. La loi Censi, adoptée par le parlement en 2004, accentue cet état de fait : elle retire aux directeurs d’établissements privés sous contrat la possibilité de recruter eux-mêmes leur corps enseignant en faisant des professeurs du privé sous contrat de simples « agents publics ».
Cela pose problème :
De plus en plus de professeurs enseignent dans les établissements catholiques sous contrat alors qu’ils n’ont pas du tout la foi et que parfois même ils ont une hostilité manifeste envers l’Église. On sait que la motivation qui conduit nombre de jeunes professeurs à s’orienter dans le privé n’est pas d’ordre spirituel mais plutôt d’ordre pratique : éviter un éloignement géographique qui serait possible dans le public (où les mutations sont nationales) ou éviter de se retrouver dans des établissements trop difficiles. Or, comment l’annonce même implicite du Christ peut-elle s’affranchir de la vie intérieure de celui qui est en charge de cette annonce ? Ainsi, si cette situation peut déjà trouver des limites dans le cadre d’une annonce implicite du Christ, elle se révèle, à la lumière de ce qu’affirme le Magistère, inconciliable avec un projet éducatif explicitement centré sur le Christ: Il doit y avoir une unité entre les points de doctrine enseignés et la vie de l’enseignant.
Textes du Magistère.
« Le projet de l’école catholique est convaincant seulement s’il est réalisé par des personnes profondément motivées, parce que témoins d’une rencontre vivante avec le Christ. L’école, à son tour, se situe aux côtés de la famille comme lieu éducatif communautaire, voulu et organisé. Cela requiert de leur part d’être des témoins de Jésus-Christ et de manifester que la vie chrétienne est porteuse de lumière et de sens pour tous. »
Éduquer ensemble dans l’école catholique mission partagée par les personnes consacrées et les fidèles laïcs, Congrégation pour l’Éducation Catholique, 21 novembre 2007
« Les diverses disciplines ne présentent pas seulement des connaissances à acquérir mais des valeurs à assimiler et des vérités à découvrir. Tout ceci exige une ambiance caractérisée par la recherche de la vérité, où les éducateurs, compétents, convaincus et cohérents, maîtres de savoir et de vie, soient les icônes, imparfaites certes, mais non dépourvues d’éclat, de l’unique Maître. »
L’École catholique au seuil du troisième millénaire, Congrégation pour l’Éducation Catholique, 28 décembre 1997
« L’enseignement est une activité de l’homme d’une extraordinaire épaisseur morale, l’une des plus hautes et des plus créatives : l’enseignant en effet n’écrit pas sur une matière inerte, mais dans l’esprit même des hommes. Il assume, donc, une valeur extrêmement importante : la relation personnelle entre enseignant et élève, qui ne saurait se limiter à un simple donner et recevoir. Par ailleurs, on doit être toujours plus conscient qu’enseignants et éducateurs vivent une vocation spécifiquement chrétienne et une participation également spécifique à la mission de l’Église et « c’est d’eux avant tout qu’il dépend que l’école catholique soit en mesure de réaliser ses buts et ses desseins. » »
L’École catholique au seuil du troisième millénaire, Congrégation pour l’Éducation Catholique, 28 décembre 1997
« L’enseignement et l’éducation dans une école catholique doivent être fondés sur les principes de la foi catholique ; les maîtres se distingueront par la rectitude de la doctrine et la probité de leur vie. »
Code de droit canonique, Can.803, §2
« L’Ordinaire du lieu veillera à ce que les maîtres affectés à l’enseignement de la religion dans les écoles, même non catholiques, se distinguent par la rectitude de la doctrine, le témoignage d’une vie chrétienne et la compétence pédagogique. »
Code de droit canonique, Can.804, §2
L’annonce explicite du Christ dans l’École Catholique nécessite des professeurs rayonnants de l’amour de Jésus, porteurs de l’espérance chrétienne et vivant une véritable relation avec le Christ.
Par ailleurs, nous croyons que la foi catholique a la particularité d’être vivante : Jésus Christ est ressuscité et agit dans nos vies et dans le monde aujourd’hui ; et cette action du Christ est visible, entre autres, à travers la vie des croyants. Aussi, un enseignement, même explicite, qui respecterait parfaitement la foi catholique, serait en lui-même insuffisant s’il n’était pas porté par des personnes qui témoignent de l’action du Christ dans leur vie. Si moi-même je ne suis pas en chemin vers Dieu, comment puis-je porter témoignage de la présence du Christ dans ma vie ? Cela, serait incohérent. Réduire la foi catholique à un contenu à enseigner est réducteur et donne une fausse image de la foi. Le professeur en poste dans un établissement catholique, doit être animé par l’Esprit-Saint. Or, être disponible à l’Esprit-Saint est une disposition de cœur qui se cultive jour après jour dans la prière, les sacrements… Si j’enseigne le catéchisme et que la rencontre du Christ ne change rien dans ma vie, ce que j’enseigne est lettre morte. Le message du Christ a la capacité de changer ma vie, il ne peut se délivrer de manière livresque comme un contenu à apprendre, une liste à réciter, il ne peut s’enseigner comme on enseigne les mathématiques, l’histoire ou le français. S’il se délivrait de cette manière, il porterait en même temps un témoignage contre lui-même. Le message du Christ prend vie dans mon existence quotidienne, il m’est adressé à moi, ici et maintenant, et il me mène sur un chemin de bonheur. Le professeur ne doit pas démentir par ses actes le message qu’il transmet ni le projet éducatif qu’il soutient mais doit en être le témoin. Sinon, l’élève n’en viendrait-il pas à penser : ou ce professeur m’induit en erreur ou ce qu’il dit est faux ? C’est pourquoi il nous paraît indispensable que le projet chrétien soit porté par des personnes qui y croient assez pour en vivre ! L’enseignement de l’École Catholique est par excellence le lieu du témoignage !
Transmettre l’Évangile et donner témoignage par sa vie de la présence du Christ à ses côtés sont deux versants nécessaires à l’évangélisation et cela s’applique à l’enseignement catholique. C’est parce que la Parole de Dieu appelle une réponse personnelle de la part de ceux qui vivent la foi qu’il est indispensable que ce soient des professeurs chrétiens qui enseignent dans les écoles catholiques.
Réécoutons les paroles de Paul VI :
« En tout cas, on doit rappeler que, dans la transmission de l’Évangile, la parole et le témoignage de vie vont de pair. Le témoignage de la sainteté est requis avant tout pour que la lumière de la vérité rayonne sur tous les hommes. Si la Parole est en contradiction avec la conduite, elle est difficilement accueillie. Mais le témoignage seul ne suffit pas non plus, car » le plus beau témoignage se révélera à la longue impuissant s’il n’est pas éclairé, justifié − ce que Pierre appelait donner “les raisons de son espérance” (1 P 3, 15) −, explicité par une annonce claire, sans équivoque, du Seigneur Jésus. » »
Note doctrinale sur certains aspects de l’évangélisation, Congrégation pour la Doctrine Catholique de la Foi, décembre 2007
Dire qu’un professeur respecte le projet éducatif chrétien dans la mesure où il entend promouvoir des valeurs de partage, de respect, de pardon n’est pas suffisant. Cela revient à faire du message du Christ un message humaniste. Mère Teresa[1] nous met en garde contre ce travestissement « Nous ne sommes pas des travailleurs sociaux. Nous sommes des contemplatives au cœur du monde. Nous sommes 24 heures par jour avec Jésus. »[2]: c’est donc bien en se confiant au Christ et en s’appuyant sur Lui que son œuvre a avancé. Jésus lui-même nous a rappelés dans l’Évangile « En dehors de moi vous ne pouvez rien faire. »[3] Penser que Mère Teresa s’appuyait sur elle-même pour aider les plus démunis est une grave erreur : c’est seulement sur Jésus qu’elle s’appuyait et c’est le Seigneur qu’elle servait à travers les pauvres. « Parce qu’un cœur pur peut voir Dieu dans les Pauvres – un cœur humble peut aimer et servir Jésus dans les Pauvres. Rappelez-vous les cinq doigts – You – did – it – to – Me [C’est à Moi que vous l’avez-fait]. »[4] Cet enracinement dans le Christ est la force qui permet aux Missionnaires de la Charité (congrégation fondée par Mère Teresa en 1950) d’être aujourd’hui, dans plus de 120 pays, au service des pauvres de cultures et d’horizons divers.
En effet, nous aurions beau être empreints de toute la bonne volonté du monde, être revêtus de tous nos meilleurs sentiments, il est des actions que nous ne pouvons accomplir seuls, il est des actes que l’homme ne peut poser qu’en s’appuyant sur Dieu. L’exigence de la foi catholique n’est possible à vivre que si nous sommes rattachés au Christ : ce n’est que par Jésus, avec Lui et en Lui, que nous pouvons aimer nos ennemis, vaincre le mal par le bien, lutter contre nos mauvais penchants, pardonner véritablement à ceux qui nous persécutent, garder l’espérance malgré les épreuves, etc. Tout ce que Jésus nous demande d’accomplir peut sembler impossible à échelle humaine ; et c’est effectivement le cas ; mais, par la grâce de Dieu, ce qui était irréalisable, ce qui était « au-dessus » de nos forces devient possible. Et ces armes spirituelles ne peuvent être saisies que par la foi chrétienne.
[1] Elle a été béatifiée le 19 octobre 2003 par Jean-Paul II
[2] Viens, sois ma lumière, Mère Teresa, p 326, Ed Lethielleux, 2008
[3] Jean, 15,5
[4] Viens, sois ma lumière, Mère Teresa, p 355, Ed Lethielleux, 2008
L’École Catholique, aux côtés des parents, doit ancrer les enfants en Christ pour les aider à vivre l’Évangile dans notre monde actuel.
Notre société est de plus en plus déchristianisée. Seules les armes spirituelles du Christ (la prière, la pratique des vertus, les sacrements…) nous permettent de combattre l’erreur et la confusion. Regardons autour de nous : nos enfants sont baignés dans une atmosphère sexualisée, un environnement violent ; ils sont encerclés par un relativisme moral permanent, par une domination de l’individualisme, une soif de l’argent; ils sont plongés dans un monde où le sens de l’effort et de l’engagement ne sont plus des valeurs modèles, dans un monde où les repères moraux sont brouillés. Au nom du respect de la liberté de chacun, notre société se fourvoie dans des chemins de plus en plus contraires à la dignité de l’homme.
Ainsi, nous pensons que c’est en étant rattachés au Christ que les enfants seront véritablement et durablement fortifiés et armés pour jouir de leur vraie liberté d’être humain.
« Dans cette école en harmonie avec l’Église et la famille chrétienne, il n’arrivera pas qu’il y ait contradiction, au grand détriment de l’éducation, entre les leçons des divers enseignements et celles de l’enseignement religieux. Si l’on croit indispensable, par scrupule de conscience professionnelle, de faire connaître aux élèves certaines œuvres contenant des erreurs qu’il sera nécessaire de réfuter, cela se fera avec de telles précautions et en apportant si bien les correctifs exigés par une saine doctrine que, loin d’en être affaiblie, la formation chrétienne de la jeunesse en tirera profit.
De cette vigilance nécessaire il ne suit pas que la jeunesse ait à se séparer de cette société dans laquelle elle doit vivre et faire son salut, mais on en conclura qu’il convient, aujourd’hui plus que jamais, de la prémunir et de la fortifier chrétiennement contre les séductions et les erreurs du monde. Le monde n’est-il pas, comme nous en avertit une parole divine, tout entier concupiscence de la chair, concupiscence des yeux, orgueil de la vie? Que nos jeunes gens, comme les vrais chrétiens de tous les temps, soient, ainsi que le demandait Tertullien des premiers fidèles, « participants du monde, mais non pas de l’erreur.« »
Encyclique Divini Illius Magistri sur l’Éducation chrétienne de la jeunesse du pape Pie XI, 31 décembre 1929
Pour finir, nous souhaitons attirer l’attention sur la polémique suscitée par les propos de Mgr Cattenoz sur l’identité en crise de l’École Catholique en septembre 2006[1]. Cette polémique a permis de mettre en avant ces difficultés que traverse l’Ecole Catholique. Elle a ainsi été à l’origine de l’émission spéciale du 14 février 2007 sur KTO (en partenariat avec Famille Chrétienne) dans laquelle des évêques ont débattu publiquement avec des personnalités du monde scolaire du caractère propre de l’enseignement catholique sous contrat[2].
[1] Lire la Charte pour l’enseignement catholique du diocèse d’Avignon, Mgr Cattenoz
[2] KTO Magazine, édition spéciale, « où va l’enseignement catholique? », visionnage possible sur le site: http://www.ktotv.com/videos-chretiennes/emissions/nouveautes/edition-speciale-ou-va-l-enseignement-catholique-/00038109
« Dans cette école en harmonie avec l’Église et la famille chrétienne, il n’arrivera pas qu’il y ait contradiction, au grand détriment de l’éducation, entre les leçons des divers enseignements et celles de l’enseignement religieux. Si l’on croit indispensable, par scrupule de conscience professionnelle, de faire connaître aux élèves certaines œuvres contenant des erreurs qu’il sera nécessaire de réfuter, cela se fera avec de telles précautions et en apportant si bien les correctifs exigés par une saine doctrine que, loin d’en être affaiblie, la formation chrétienne de la jeunesse en tirera profit.





















