Il est des sujets intouchables que les faits finissent par désacraliser. Comme l’autonomie des établissements scolaires, le collège unique ou les pédagogies “nouvelles”, la mixité a longtemps été un sujet tabou dont il était suspect de vouloir simplement débattre.
La mixité généralisée est cependant un phénomène relativement récent. Elle n’a acquis la valeur d’un dogme éducatif qu’à l’issue des Trente Glorieuses et du florilège d’idées généreuses et utopistes qui les ont accompagnées.
Dans les Pièges de la mixité scolaire, Michel Fize constate que, d’une certaine façon, « la mixité à l’école n’a jamais été pensée. Elle est, comme pour le calendrier scolaire, héritée de l’histoire mais en aucune manière une réponse réfléchie pour que les élèves soient mieux à l’école ». Comme l’ajoute pertinemment Jean-Louis Auduc (auteur de Sauvons les garçons !), « pendant trente ans, on a vécu avec l’idée que la mixité réglait en soi les questions d’égalité. Il faut en revenir à l’épreuve des faits. Il ne suffit pas de mettre des garçons et des filles ensemble pour que règnent l’harmonie et l’égalité entre filles et garçons ». Ce sont ces faits qui ont conduit, d’une part, à stopper l’ouverture à l’autre sexe des derniers établissements non mixtes du public et du privé sous contrat et, d’autre part, à libérer la parole sur ce sujet.
Car il y a de nombreuses façons d’aborder la question. Certes, celle du traitement réservé aux filles par les garçons dans certaines classes de banlieue en est une ; elle est toutefois de nature culturelle et, souhaitons-le, conjoncturelle.
L’échec scolaire est une autre porte d’entrée, plus révélatrice encore, car, selon Jean-Louis Auduc, « il a un sexe : les garçons, qui sont les plus nombreux à décrocher ». Sur les 150 000 jeunes qui sortent chaque année du système scolaire sans diplôme, 100 000 sont des garçons. Pour ces derniers, deux moments sont décisifs. Le premier est celui des apprentissages de la lecture et de l’écriture : les garçons y sont en difficulté dans 15 % des cas, contre 8,5 % pour les filles. Ils réussissent moins bien les épreuves de compréhension. Ils présentent aussi plus de déficits dans les mécanismes de base de traitement du langage.






















