Guy Morel, secrétaire national du Groupe de Réflexion Interdisciplinaire sur les Programmes (GRIP), publie une tribune sur le blog de Jean-Paul Brighelli, notre blogueur associé, au sujet de la grille d’auto-évaluation avec laquelle toute inspection, dans le Primaire, se prépare désormais. Une initiative du Ministère de l’Education qui ressemble à s’y méprendre « à ces auto-critiques que les gouvernements du Rideau de fer exigeaient de leurs dissidents ».
Le Ministère de l’Education pense à tout. D’un côté, il vient de supprimer la (maigre) subvention qu’il accordait au GRIP, tout en disant qu’il faut valoriser les « bonnes pratiques » (et je ne connais personnellement pas de pratique meilleure, au moins en Primaire, que celle du GRIP). À ma gauche, il veille à infantiliser au mieux ses personnels : ainsi, toute inspection, dans le Primaire, se prépare désormais avec une grille d’auto-évaluation qui ressemble, à s’y méprendre, à ces auto-critiques que les gouvernements du Rideau de fer exigeaient de leurs dissidents (voir l’Aveu de Costa-Gavras).
Que Luc Chatel et ses managers s’inspirent de vieilles pratiques stalieniennes est plein de sel, quand on y pense. Pascal Dupré, dont les pratiques pédagogiques sont au-dessus de tout soupçon, refuse de s’y soumettre. Et Guy Morel — par ailleurs secrétaire national du GRIP, même s’il s’exprime ici en son nom propre — raconte ci-dessous son entrée en dissidence. Ou comment toute hiérarchie, du moment qu’elle est bornée, se brise en éclats de rire, comme le verre du Poète.
Le néo-libéralisme impose partout ses règles d’or, et un management sauvagement destructeur sévit dans les entreprises de services publics, privatisées ou non. Son but : associer les employés à la dégradation de leurs conditions de travail et de rémunération. L’un de ses moyens favoris : l’humiliation par l’auto-évaluation.
Comme de bien entendu, ainsi que l’on chantait dans Circonstances atténuantes, l’Éducation nationale ne pouvait pas rester à l’écart de cet incontestable progrès, et ces pratiques inquisitoriales s’y installent à petit bruit. Pour preuve, ce qui arrive à un instituteur de mes amis en exercice depuis trente ans — Pascal Dupré, pour ne pas le nommer.
Voici l’histoire, aussi cocasse à dire vrai qu’extravagante. Pascal Dupré reçoit, il y a quelques jours un avis d’inspection, ce qui n’a rien d’extraordinaire, mais un avis accompagné, ce qui est nouveau, d’une grille d’auto-évaluation qui vaut son pesant d’arachides et que vous pouvez découvrir ici (1).
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