A l’origine de ce retard français, des représentations culturelles très ancrées ; le poids de la sociologie de classe qui a longtemps prédominé, laissant dans l’ombre la sociologie de genre ; et des enjeux économiques majeurs. L’hypersexualisation des enfants profite aux fabricants de jouets et de vêtements. « Alors que les pratiques des parents évoluent – lentement : peu de pères s’occupent de leurs enfants, font la cuisine… –, les stéréotypes de genre se renforcent : les dessins animés, les jouets, les jeux vidéo, les livres sont truffés de clichés », disent Geneviève Cresson et Nathalie Coulon. Cette année, pour la première fois, l’Education nationale a intégré, après de vifs débats, la théorie du genre dans les manuels scolaires du lycée. L’université Paris-VII-Diderot a organisé une journée de formation obligatoire sur l’égalité femmes-hommes. Un débat s’amorce. Mais le domaine de la petite enfance reste peu concerné. « Beaucoup de jeunes institutrices prônent une éducation égalitariste, mais elles ont tellement intégré les stéréotypes qu’elles les répercutent en classe », dit Sandra Caron, auteure d’un mémoire de sociologie*. A la maternelle d’Aubervilliers où elle a fait ses observations, la jeune diplômée a remarqué lors des jeux d’escalade que les institutrices accompagnent davantage les filles que les garçons, renforçant leur prudence et la peur du risque. A Saint-Ouen, aucune école ne poursuit la pédagogie « égalitaire » de Bourdarias : « Comme on n’y est pas sensibilisé, on y fait peu attention », dit Annie Belloni, directrice de la maternelle Anatole-France, qui a néanmoins noté des petits changements. « Il y a aussi des différences culturelles majeures. Les familles d’origine africaine et nordafricaine ont tendance à davantage valoriser les petits garçons. Ils sont les rois », ajoute-t-elle.
* « L’Autonomie et la construction des identités de genre à l’école maternelle en milieu populaire ».
sOURCE






















