Exclusivité : Xavier Breton minimise la polémique et ne soutient pas les 200 parlementaires ni les Français

Hier 25 janvier s’est tenue la commission des affaires culturelles et de l’éducation avec une communication de Xavier Breton qui anime le groupe de travail sur les manuels scolaires. Le député minimise la polémique de la théorie du genre et ne soutient pas les 200 parlementaires ni les Français lesquels, pour 55 % contestent le caractère “non scientifique” de cette théorie (sondage IFOP/Valeurs actuelles). Ce groupe de travail avait été créé suite à la polémique sur l’introduction de la théorie du genre dans les manuels scolaires. Pas de presse dans la salle, à douter presque de la réelle diffusion des informations de cette séance.

Une salle pleine de parlementaires de la Commission. Parmi eux, des parlementaires de gauche sont revenus sur la raison pour laquelle ils ont boycotté ce groupe de travail dont ils jugent la mise en place avoir été précipitée.

Le groupe de travail n’a pas abordé véritablement le cœur de la polémique, à savoir l’introduction de la théorie du genre dans les manuels scolaires et le crédit scientifique dont elle bénéficie en étant traitée dans les cours de SVT. Les parlementaires auront préféré élargir et diluer la question dans une enquête sur les processus de validation des programmes et des manuels.

Les quelque 32 personnes auditionnées par le groupe de travail ne sont pas citées en début de séance alors que le ton est rapidement donné : le « genre » est un débat de société, pas un débat d’école et d’enseignement :

« Ne voulant pas prendre position sur la question du genre, car le Parlement n’a pas à arbitrer des débats universitaires en sciences humaines, le groupe de travail s’est concentré sur les modalités d’élaboration à la fois des programmes publiés au Bulletin officiel de l’Education nationale et des manuels, qui ont précisément pour objet de décliner ces programmes. »

Xavier Breton émet une vision relativiste par rapport aux enjeux :

-> le débat sur le genre est un sujet de société qui n’a pas sa place dans le cadre de l’école ;

-> les manuels ne sont au final que peu utilisés par les enseignants, il s’agit simplement d’outils pédagogiques et les enseignants ont une grande liberté quant à leur choix et l’utilisation qu’ils en font ou pas

-> pas de possibilité pour les politiques d’intervenir ni au niveau des éditeurs qui doivent conserver leur entière liberté éditoriale, ni au niveau du contenu des programmes qui sont sous le contrôle des hautes autorités de l’éducation nationale, d’où simplement de simples suggestions pour une amélioration des modalités d’élaboration des programmes et manuels.

Xavier Breton : « Vous aurez compris qu’en matière d’édition de manuels, je ne souscris pas aux solutions dirigistes, impliquant des approbations ou agréments. En effet je crois plutôt à l’efficacité du régime actuel d’édition et d’utilisation des manuels, dans la mesure où la diversité de l’offre garantit un traitement différencié des sujets, tandis que la liberté de choix laissée aux enseignants permet d’écarter des manuels véhiculant un discours qu’ils jugeraient normatif […]. Cette capacité d’autorégulation ne devrait donc pas être amoindrie, car elle est synonyme de liberté et de responsabilité »

L’objet principal de la communication concerne principalement les dysfonctionnements de procédure révélées par les auditions (procédure d’élaboration des programmes peu  transparente en quasi « circuit fermé » ; constitution des groupes d’expert non connue, disparition du Conseil National des Programmes, consultation publique trop tardive, dernière phase de consultation institutionnelle du Conseil Supérieur de l’Education purement formelle et des délais trop courts pour se prononcer) et des suggestions d’amélioration des procédures existantes.

Concernant la question du genre, Xavier Breton minimise la polémique de la façon suivante :

« Sans évoquer longuement cette controverse  […] je formulerais à cet égard 2 observations :

D’une part le mot « genre » ne figure pas dans les programmes de SVT de première, qui, sous le thème « Devenir homme et femme », distinguent l’identité sexuelle, les rôles sexuels et l’orientation sexuelle. Ce sont  donc certains manuels qui, à partir de ces quelques lignes, ont développé une approche quelque peu exploratoire de la question du genre. On peut même aller jusqu’à considérer, avec M. Dominique Rojat, le doyen du groupe permanent des SVT de l’inspection générale de l’éducation nationale, que tel ou tel document utilisé pour illustrer ce thème est effectivement « maladroit ».

D’autre part, les questions que recouvre ce thème étant, de tout évidence, nombreuses et complexes, elles devraient faire l’objet d’un enseignement interdisciplinaire, bénéficiant en particulier du renfort du professeur de philosophie. Les préambules des programmes encouragent le recours à telle approche, mais elle se heurte à un obstacle de taille : la philosophie est enseignée en classe de Terminale et non en Première. On peut donc estimer que ces programmes ont confié une tâche relativement difficile aux professeurs de SVT, d’autant plus que ceux-ci ne consacreront, au cours de l’année scolaire, que 5 à 10 minutes, tout au plus, à la différence entre le féminin et le masculin.

Au total, cette conjonction d’éléments, combinée à la mobilisation de certaines associations, a suscité une polémique regrettable, car de nature à alimenter la méfiance d’une partie de l’opinion publique à l’égard de l’éducation nationale, dont on sait qu’elle éprouve des difficultés à tisser des relations sereines avec les familles »

Au final, après les réactions des parlementaires, les points qui ressortent comme méritant un intérêt et un approfondissement n’ont aucun lien avec la question du genre, pourtant à l’origine de la formation de ce groupe de travail : la formation des maitres, un questionnement sur le besoin de la restauration du Conseil National des Programmes ainsi que sur une labellisation des manuels, une réflexion par rapport à l’arrivée des manuels numériques dont le contrôle s’avère plus difficile encore, etc…

Quelques chiffres donnés dans cette communication :

- 16 millions d’€ déboursés chaque année pour les droits de copie suite aux nombreuses photocopies des enseignants ne trouvant pas leur compte dans les manuels

- les manuels scolaires représentent 10% du chiffre d’affaire de l’édition ;

- coût total pour l’enseignement scolaire : environ 280 millions d’euros.

La présidente Michèle Tabarot conclue la séance en invitant tous les parlementaires qui le souhaitent à fournir sous une semaine leurs contributions pour compléter le rapport dont la publication suivra.

Cette communication de Xavier Breton est disponible ici.

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