La criminologie va devenir une discipline universitaire autonome

La « cri­mi­no­lo­gie » va deve­nir une dis­ci­pline uni­ver­si­taire en tant que telle, a-t-on appris mardi du minis­tère de l’Enseignement supé­rieur et de la Recherche, et ce en dépit d’une très forte contes­ta­tion au sein de la com­mu­nauté universitaire.

« Un arrêté » créant une sec­tion de « cri­mi­no­lo­gie » au sein du Conseil natio­nal des uni­ver­si­tés (CNU), ins­tance com­pé­tente pour les car­rières et les pro­mo­tions des enseignants-chercheurs, va être « publié pro­chai­ne­ment », a-t-on affirmé au minis­tère, confir­mant une infor­ma­tion du Monde daté de mercredi.

L’hypothèse de cette créa­tion, vou­lue notam­ment par Alain Bauer, un proche de Nicolas Sarkozy, agi­tait de longue date la com­mu­nauté uni­ver­si­taire, au sein de laquelle de nom­breux mes­sages s’échangent sur la question.

Les par­ti­sans de la « cri­mi­no­lo­gie » jugent que la France a pris du retard en la matière par rap­port à d’autres pays. Ses détrac­teurs sou­lignent que ce n’est qu’une branche au sein des études sociales, qu’Alain Bauer n’a pas de doc­to­rat en sciences sociales et que la déci­sion est politique.

Au minis­tère, on pré­cise que cette créa­tion est « l’aboutissement d’un long pro­ces­sus en plu­sieurs étapes, débuté en 2008″.

Après un rap­port de 2010 prô­nant cette mesure et « une consul­ta­tion publique sur le site inter­net du minis­tère, il est apparu qu’il existe une demande de for­ma­tion ad hoc en ce domaine, de la part des étudiants en for­ma­tion ini­tiale, obli­gés de s’expatrier s’ils veulent suivre un cur­sus com­plet, mais aussi des pro­fes­sion­nels des champs concer­nés des­quels sont exi­gées des connais­sances plus poin­tues », précise-t-on.

« La France de ce point de vue sou­tient mal la com­pa­rai­son avec les Etats qui ont reconnu la for­ma­tion en cri­mi­no­lo­gie de même que la pro­fes­sion de cri­mi­no­logue: Canada, Allemagne, Angleterre (où la dis­ci­pline est plei­ne­ment recon­nue depuis 50 ans), Belgique à titre d’exemples », ajoute-t-on.

L’université de Cambridge a ainsi été la pre­mière à en faire une dis­ci­pline à part, en créant dès 1959 un Institut de criminologie.

Dans un article dimanche sur son blog, inti­tulé « Criminologie: le monde uni­ver­si­taire face à la +bande à Bauer+ », Laurent Mucchielli, socio­logue au CNRS et spé­cia­liste de la délin­quance, évoque « un rejet quasi una­nime dans la com­mu­nauté uni­ver­si­taire et scien­ti­fique », citant plu­sieurs prises de posi­tion à l’appui.

« Je sou­haite que la cri­mi­no­lo­gie, après plus de 50 ans de bataille, trouve enfin sa place et sorte la France de son iso­le­ment parmi toutes la nations déve­lop­pées. Il existe des pro­fes­seurs de cri­mi­no­lo­gie par­tout dans le monde déve­loppé », a déclaré de son côté M. Bauer dans un entre­tien le 7 mars à l’agence d’informations spé­cia­li­sées sécu­rité glo­bale (aisg), du groupe AEF.

Par un décret pré­si­den­tiel de mars 2009, ce der­nier avait été nommé pro­fes­seur de « cri­mi­no­lo­gie appli­quée » au Conservatoire natio­nal des arts et métiers (Cnam).

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