« La langue française est-elle encore indispensable ? »

Il existe un génie de la langue française, même si l’expression peut sembler obsolète aujourd’hui : ne devient-elle pas un affront à notre idéal de reconnaissance de tous par tous, une insulte au sacro-saint rituel de la société « globalisée », abstraite ? L’idée même de génie appartient-elle à l’histoire, ce boulet dont tout le monde souhaite se défaire dans les meilleurs délais ? Le génie français n’est-il plus qu’un vieux souvenir ? S’il y en a jamais eu un, il s’est appelé, dans les domaines qui nous intéressent, Proust, Rabelais, Balzac, Diderot, Montaigne, Flaubert, Chateaubriand, Molière, Aragon, Pascal, Baudelaire, Racine, Villon, et combien d’autres encore. Autant de noms qui évoquent des oeuvres si contradictoires mais où il est aisé de découvrir un dénominateur commun : la contradiction, précisément, ou la division. « Rien n’est moins fédérateur que le génie. Rien n’est moins unificateur non plus que la partie de l’opposition qui s’appelle la vie », écrivait Balzac. Le génie d’une langue, c’est une protestation extrême contre l’inéluctable, en quelque sorte un « anti-destin », pour reprendre la belle formule de Philippe Murray.

Si on veut maintenir le génie de sa langue, de ses mots, de sa syntaxe – c’est ma conviction –, ce n’est pas par un repli sur une identité nationale : nous ne serions alors que 65 millions de Français – et encore – à parler cette langue.

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