L’Ecole Moser décide de vendre son savoir en ligne
Les cours au programme de la maturité seront mis sur internet. Elèves du privé et du public pourront y accéder, moyennant finance.
Pour ses 50 ans, l’école privée Moser – sise à Chêne-Bougeries et à Nyon – s’offre une seconde peau, virtuelle. Au cœur de cette mue technologique, la création d’une plate-forme internet qui hébergera des exercices et des vidéos destinés aux collégiens du privé mais aussi du public. L’entier des cours du programme de maturité sera consultable sur le net.
«Ce projet ambitionne d’être en phase avec l’époque des étudiants, explique le directeur de l’établissement, Alain Moser. Lorsqu’ils ont besoin d’informations pour approfondir une matière ou réviser, leur premier réflexe est de se tourner vers internet. Or, la majorité des contenus est en anglais ou ne correspond pas aux programmes de la maturité suisse. Avec cet enseignement à distance, l’Ecole Moser veut séduire les 20 000 gymnasiens qui passent la matu chaque année, mais aussi les étudiants du collège du soir, voire du monde entier!»
La plate-forme «Moser online» ouvrira à la rentrée prochaine, avec 30% des contenus. La totalité de l’offre sera disponible en septembre 2013. L’étudiant en quête de compléments de cours ou de révisions pour un examen trouvera, pour chaque matière, des PowerPoint ainsi que des vidéos tournées par les enseignants qui dictent leur cours face à la caméra.
Leur plateau de tournage: le sous-sol de l’école! Fond de teint et trousse de maquillage ont même été ajoutés au budget, qui se monte à 1 million de francs. La vidéo sert aussi de support didactique, comme en physique, où chaque expérience scientifique est filmée. Mais l’accès à cette manne de savoir n’est pas gratuit: tout se paie, à l’unité ou par «package». A titre d’exemple, l’entier du programme annuel de biologie revient à 800 francs (prix indicatif); le pack d’exercices et ses corrections à environ 10 francs. Une fois payé, le contenu reste accessible pendant deux mois.
Pour ajouter un zeste d’interactivité à «Moser online», le directeur a prévu d’instaurer, en soirée ou le matin, des sessions d’appui via webcams et Skype. Pour une heure de cours interactif avec un professeur, l’élève devra débourser 80 francs. Les animateurs de ces classes virtuelles seront des universitaires, de niveau master, pour éviter de surcharger les enseignants de l’Ecole Moser.
iPhone et carte prépayée
Quinze professeurs s’évertuent depuis des mois à adapter leurs cours au format de la plate-forme, et cela sans augmentation de salaire. «Je leur ai donné des décharges horaires, précise Alain Moser. Par la suite, ils toucheront un intéressement de 15% sur la vente de leurs cours. Plus ils seront inventifs, plus il y aura de clics et plus ça leur rapportera! Mais leur motivation première n’est pas pécuniaire, ils souhaitent vraiment aider les élèves.»
Alain Moser a déjà prévu une version du projet pour iPhone et envisage même de proposer des cartes prépayées. «Les parents qui ne peuvent pas financer une scolarité en école privée pourront offrir à leurs enfants une telle carte pour qu’ils accèdent à des cours privés ou à des compléments dans certaines matières.»
Les élèves du public peuvent-ils réellement s’offrir «Moser online»? «80% d’entre eux font appel à un répétiteur pour consolider des matières ou se préparer aux examens. Les prix que nous pratiquerons sont abordables pour les gens décidés à réussir leurs études.» Le concept de «Moser online» semble alléchant.
On se demande pourquoi les élèves continueraient d’aller en classe alors que les cours sont disponibles en ligne. Pourquoi payer une école privée alors que son enseignement se vend à plus bas prix sur le net? «Les parents et élèves qui ont choisi Moser sont à la recherche d’un encadrement avant tout, et ce groupe existera toujours. Mais c’est vrai que la plate-forme est tellement bien faite qu’elle remplacera peut-être les cours! J’ai toujours dit à mon père: un jour, nous aurons peut-être 5000 élèves. Mais ils ne se rendront plus à l’école de la même manière», conclut Alain Moser.






















