SARKOZY et HOLLANDE : Derniers interviews sur la réforme de l’EN : divergence radicale

NICOLAS SARKOZY

Au vu des piètres résultats scolaires du public, le temps est-il venu d’aller plus loin dans la ­décentralisation et l’autonomie ? Et, par exemple, de ­multiplier les expérimentations de financement public d’alternatives pédagogiques en France ?

Je veux d’abord souligner qu’il n’est pas question pour moi de remettre en cause cette liberté essentielle, qui est celle, pour les familles, de pouvoir choisir l’école de leurs enfants. Le projet de M. Hollande – inscrire le titre Ier de la loi de 1905 dans la Constitution – fait courir un grand risque à la liberté de l’enseignement, et il suffit de lire la lettre qu’il a écrite au Comité national d’action laïque pour s’en convaincre. Les religions y sont présentées comme un asservissement. Sans parler des conséquences directes de cette inscription sur les équilibres issus de la loi de séparation : par exemple, les ministres du culte devraient verser une redevance pour pouvoir utiliser les bâtiments cultuels antérieurs à 1905.

Je veux ensuite dire que le succès que connaît aujourd’hui l’enseignement libre n’est pas seulement lié à des convictions religieuses ou philosophiques. Beaucoup de parents ont le sentiment que, dans l’Enseignement libre, l’encadrement des enfants est plus important, et que les équipes éducatives sont unies autour d’un projet d’établissement. Sans remettre en cause évidemment les grands principes de l’école laïque, je veux permettre aux établissements scolaires de l’école publique de pouvoir avoir, eux aussi, cette autonomie : cela leur permettrait de mettre en œuvre des projets d’établissement adaptés à leur public et de ­recruter directement leurs enseignants sur la base d’un ­projet fédérateur au service des élèves. Le caractère national des programmes et des diplômes doit être réaffirmé, mais cela n’interdit pas de donner un peu plus d’autonomie aux établissements.

FRANÇOIS HOLLANDE

En matière scolaire, le PS est très lié aux syndicats majoritaires au sein de l’Éducation nationale, qui ont participé activement aux politiques scolaires durant les dernières décennies. Vous partagez aujourd’hui le diagnostic d’une école en crise. Aurez-vous vraiment une marge de manœuvre pour réformer ?

L’école est un des socles de notre République. Chaque enfant doit y être accueilli et y avoir ses chances. Selon le milieu familial et social, celles-ci sont inégales au départ. L’école doit contribuer à donner à chacun son parcours de réussite et sa vie vers l’autonomie. J’ai décidé que, sans augmenter le nombre total de fonctionnaires d’État, l’Éducation nationale sera ma priorité, car la crise de l’école que vous évoquez est d’abord le résultat de dix années de casse ! Il faudra réparer les suppressions de postes décidées à l’aveugle.

Mais l’école a aussi besoin de réformes, pour les rythmes scolaires, pour la formation des enseignants aujourd’hui délaissée, pour l’adaptation à la révolution numérique. Mon objectif est de diminuer par deux le nombre d’élèves sortant du système scolaire sans formation professionnelle. Ces réformes supposent un dialogue avec les personnels représentés par leurs syndicats. Je suis persuadé qu’un dialogue fécond permet des décisions utiles pour tous. Évidemment, l’ultime dé-
cision appartient toujours aux représentants issus du suffrage universel.

Un rapport sur les chrétiens d’Orient vient d’être remis au Premier ministre. Ces chrétiens sont la première cible des « révolutions arabes ». Entendez-vous défendre la liberté de conscience et la diversité religieuse à l’extérieur des frontières de la France, à l’encontre des régimes sous influence islamiste comme l’Égypte ou la Tunisie ?

Partout dans le monde, la France doit se trouver aux côtés des forces démocratiques que se donnent les peuples. La liberté de conscience ne se divise pas. C’est l’esprit même de la laïcité. Il faut préserver celle-ci dans notre pays pour pouvoir être convaincants et écoutés par les autres.

Chrétiens d’Orient, comme musulmans d’Occident, doivent avoir les mêmes droits et les mêmes devoirs. Ils sont inscrits dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. La France sera toujours à leurs côtés.

Source

Cette entrée a été publiée dans L'Ecole et les présidentielles. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>