Dès les premières années de l’Indépendance de la Belgique, et bien que les règlements du Grand Orient de 1833 interdissent aux Loges d’intervenir activement dans les débats politiques, les francs-maçons agirent sur le plan scolaire, entre autres, par l’intermédiaire de ceux de leurs membres qui siégeaient aux Chambres, ou des Sociétés de Libre Pensée ou de la Ligue de l’Enseignement, fondée en 1864, dont le premier président Jules Tarlier et le premier secrétaire Charles Buls appartenaient à la loge des « Amis Philanthropes ».
Légalistes, les francs-maçons belges étaient anticléricaux, mais non antireligieux ou anticatholiques. Toutefois, écœurés par les condamnations pontificales et épiscopales lancées contre eux, beaucoup devinrent anticatholiques.
En matière d’enseignement, ils respectaient la Constitution belge qui garantissait la liberté de l’enseignement. En ce qui concerne l’enseignement supérieur, ils fondèrent l’Université Libre de Bruxelles en 1834. Ils s’intéressèrent à l’enseignement féminin pour arracher le public féminin à l’emprise du clergé, et développèrent leurs efforts surtout en matière d’enseignement primaire.
Les dispositions de la loi organique relative à l’enseignement secondaire du 1er juin 1850 ne prévoyaient qu’une invitation adressée au clergé à donner ou à surveiller l’enseignement religieux. Elles satisfirent relativement les maçons jusqu’à ce que, suite aux réactions des catholiques, la convention d’Anvers, adoptée par nombre d’écoles officielles, n’accrut l’emprise du clergé sur l’enseignement officiel.
Par un décret du 12 octobre 1830, le gouvernement provisoire proclama la liberté de l’enseignement et démantela le système scolaire du Royaume des Pays-Bas. La hiérarchie catholique usa largement de la liberté qui lui était rendue. Les maçons ne restèrent pas immobiles, mais leur activité fut loin d’atteindre celle des catholiques.
Une loi de compromis
Lors de la création, en 1864, de la Ligue de l’Enseignement, la mésentente entre catholiques d’une part et libéraux et francs-maçons d’autre part était à son comble, d’autant plus que le rejet par les catholiques et par une partie des francs-maçons de l’obligation scolaire avait accru les tensions.
La première loi organique de l’enseignement primaire du 23 septembre 1842 était une loi de compromis acceptée tant bien que mal par les libéraux, maçons compris.
Les libéraux, qui exigeaient pour l’Etat d’organiser l’enseignement public, avaient obtenu qu’il existât dans chaque commune au moins une école primaire.
Aux catholiques, il était accordé que la commune pouvait adopter une ou plusieurs écoles privées réunissant les conditions légales pour tenir lieu d’école communale. La loi concédait au clergé catholique une très grande place dans l’enseignement officiel, notamment dans les domaines de l’inspection et du choix des manuels scolaires, et consacrait le fait que la morale et la religion étaient inséparables de l’instruction.
Les réactions que la loi de 1842 suscita chez les francs-maçons conditionnèrent par la suite la vie des loges.
Le 25 janvier1859, le Grand Orient invita les loges de l’obédience à étudier les questions de la laïcisation de l’enseignement et de l’obligation scolaire. Parmi les réponses qui parvinrent au Grand Orient, la contribution des « Amis Philanthropes » était de loin la plus complète.
Toutes les loges étaient évidemment d’accord pour rejeter le prêtre de l’école et on vit apparaître des attaques contre le contenu même de l’enseignement religieux.
Les rédacteurs du mémoire remis par la loge « Les Amis Philanthropes » émirent l’opinion que:
»de toutes les réformes à opérer dans l’enseignement, la première et la plus urgente est celle qui restitue à l’Etat son pouvoir dans les écoles, qu’il rende à l’enseignement le caractère laïque que lui imprime de droit la constitution, et qui fasse que l’éducation des jeunes générations ne soit plus remise, de par la nation, entre les mains d’un parti qui se sert alternativement de deux auxiliaires merveilleux: l’ignorance ou l’erreur. [Il faudrait] que la maçonnerie, organisation établie et répandue sur la surface du pays, prenne l’initiative de la fondation d’une vaste association laïque pour le développement et l’amélioration de l’enseignement primaire, en même temps que pour le peuplement de l’école publique qui, dans notre pensée, doit rester purement laïque. »
En somme, ces rédacteurs avaient entrevu la création de la Ligue de l’Enseignement dont le premier président, Jules Tarlier, annonça la naissance à ses Frères des « Amis Philanthropes » le 27 février 1865.
Motions, propositions, conférences et discussions se succédèrent dans toutes les loges, tandis que la plupart des ateliers relayèrent un tronc spécial dit de l’instruction qui alimenta une partie des fonds qu’ils consacrèrent à une longue série d’établissements scolaires de tous genres.
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