Comment tuer la liberté scolaire sans le dire ?

En étant de plus en plus exigeant avec les normes de sécurité et d’accessibilité :

« Le scénario s’est répété des centaines de fois ces dernières années. Une commission de sécurité passe, décrète que les locaux ne sont plus aux normes: il faudrait construire un ascenseur pour que les enfants handicapés puissent aller à tous les étages ; il faudrait créer des WC handicapés ; il faudrait mettre les couloirs et les portes aux normes (bref, élargir le tout de quelques centimètres) ; il faudrait créer des rampes d’accès (cf. notre Guide des règles techniques applicables aux établissements scolaires, 208 p., éditions Créer son école) La logique est qu’un enfant handicapé doit pouvoir se déplacer dans l’intégralité des locaux, sans avoir besoin de personne. Ainsi, il est jugé irrecevable qu’il ait besoin d’un camarade pour pousser son fauteuil sur une pente d’accès un peu raide. De même, il est jugé insupportable d’installer sa salle de cours au rez-de-chaussée pour éviter d’avoir à créer un ascenseur et de mettre les étages aux normes handicap. Ainsi, les établissements sont conduits par la loi à faire des travaux astronomiques pour se préparer à l’éventualité d’avoir à accueillir un enfant handicapé moteur. La facture s’élève souvent à un, deux, voire trois millions. La conséquence est alors connue d’avance : l’école privée fermera faute de pouvoir se mettre aux normes. Pour n’avoir pas pu réaliser des travaux qui auraient pu permettre d’accepter dans des conditions optimales d’éventuels élèves handicapés, chaque année des dizaines d’établissements privés mettent la clé sous la porte.

Quel paradoxe incroyable ! A quelle justice cela répond-il ? Savez-vous aussi que des établissements qui accueillaient des enfants handicapés ont dû fermer et renvoyer leurs élèves handicapés d’où ils venaient parce qu’ils ne respectaient pas les normes handicap? [...] Dans les établissements publics, les collectivités locales paient sans sourciller les mises aux normes mais dans les établissements privés où le financement public du bâtiment est très contraint (voire interdit dans certains cas) par la loi, la mise aux normes équivaut à un arrêt de mort. [...]

C’est encore ce qui s’est passé fin avril au Mayet-en-Montagne dans l’Allier. Le directeur diocésain vient de déclarer la fermeture prochaine de l’école Notre-Dame et du collège Saint-Joseph (internat). Motif : l’impossibilité de financer l’indispensable mise aux normes s’élevant à un million d’euros alors que l’établissement ne scolarise qu’une centaine d’enfants. Les parents se sont mobilisés, scandalisés par la perspective de la fermeture de cet établissement qui a rendu tant de bons et loyaux services et sauvé plus d’un enfant. Du coup, la communauté de communes a proposé de racheter l’établissement à l’euro symbolique, de réaliser les investissements requis et de louer ensuite les locaux à l’école catholique de manière à assurer la continuité du service public aux familles. Le montage est astucieux bien qu’inédit. Si le directeur diocésain ou le directeur de l’établissement s’y oppose, la responsabilité de la mort de l’établissement pourra lui être facilement reprochée. S’il accepte, il se fait le collaborateur d’une quasi « nationalisation » de l’école catholique, laquelle passerait de propriétaire à locataire, alors que des générations de sacrifice de la société civile ont permis de construire et maintenir cette institution. [...]

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