L'Ecole Privée, Les jeunes et le SIDA
Par veille-education le Vendredi, 3 avril 2009, 23:25 - Lien permanent
L’église catholique du Togo compte introduire,
à partir de la rentrée scolaire prochaine (2009-2010), un enseignement
sur le VIH/SIDA dans toutes ses écoles du cycle secondaire dans tout le
pays pour sensibiliser, informer et éduquer les élèves sur la maladie.
Le programme, en cours d’expérimentation depuis 2007 dans
les écoles secondaires catholiques du diocèse de Lomé, la capitale
togolaise, sera étendu à l’ensemble des écoles des sept diocèses de ce
pays d’Afrique de l’ouest. C’est sur la base du succès qu’il a
rencontré auprès des élèves et des enseignants de la capitale que les
responsables de l’enseignement catholique veulent l’élargir à tous
leurs établissements secondaires.
«L'église catholique du Togo, qui croit qu’il faut éduquer
autrement les jeunes dans la lutte contre le SIDA, veut les accompagner
pour qu’ils soient des gens formés pour la cité», a déclaré à IPS, le
révérend père Casimir Koffi Kodo, responsable de l'enseignement
catholique dans les écoles au Togo. «C’est pourquoi il faut
nécessairement qu'il y ait des modules d'éducation sur le VIH/SIDA dans
les écoles pour accompagner nos jeunes».
Des élèves des écoles catholiques de Lomé, qui suivent déjà
les cours sur le VIH/SIDA, saluent l’initiative. «L'enseignement du
VIH/SIDA et des maladies sexuellement transmissibles dans les écoles
catholiques, nous permet d’être mieux informés et d’être à l'abri des
tentations», a dit à IPS, Joël Dahon, un élève.
... Au Togo
Les enseignants des écoles catholiques de Lomé sont aussi
satisfaits du programme d’enseignement du VIH/SIDA. «Je pense que c'est
une avancée énorme que les autorités de l'église aient décidé qu'on
éduque les enfants sur cette pandémie», a affirmé à IPS, Christophe
Koffi Djabakou, un enseignant à Lomé.
«L’initiative de l’église catholique est louable et je pense
que les églises sont bien placées pour offrir une éducation efficace
aux enfants sur cette maladie; il faut que les autres confessions
religieuses, qui ont aussi des écoles, emboîtent le pas à l’église
catholique pour donner des cours sur le VIH/SIDA aux élèves», a indiqué
à IPS, Koudjo Amaglo, un parent d’élève à Lomé. Des enseignants des
écoles secondaires catholiques de tous les diocèses du Togo ont été
formés au cours d’un atelier, le mois dernier à Lomé, pour mettre en
œuvre ce projet soutenu par le Programme des Nations Unies pour le
développement (PNUD). Durant les travaux, des documents sur
l’enseignement du VIH/SIDA, en cours d’expérimentation dans les écoles
secondaires catholiques de Lomé, ont été validés pour leur extension
dans les autres diocèses du pays.
«Nous avons déjà élaboré un manuel regroupant différents
modules de formation sur le VIH/SIDA... et c’est ce manuel qui a été
relu, amendé et adopté au niveau des six autres diocèses», a expliqué
sœur Véronique Médendji, le point focal de coordination santé au sein
de l’église catholique du Togo. Le manuel a été élaboré sur la base des
résultats d’une enquête pour savoir les besoins réels des jeunes,
a-t-elle dit à IPS.
«Nous avons évalué la connaissance des enfants, leurs
comportements et leurs besoins en leur posant des questions sur le
préservatif et leur vie sexuelle», a révélé Koffi Kodo.
L'enquête, qui a porté sur les connaissances et les
comportements des élèves des collèges et lycées catholiques de Lomé, a
été réalisée au cours de l’année scolaire 2006-2007. Au total, 2.334
élèves ont été sondés, soit 55 pour cent de l’effectif total des élèves
l’archidiocèse de Lomé qui compte 14 collèges regroupant 5.737 élèves –
2.632 garçons et 3.103 filles - âgés de 10 à 21 ans. Selon les
résultats de l’enquête, près de 96 pour cent des élèves des classes de
6ème à la 4ème connaissent les modes de transmission du VIH; 82 pour
cent ont déjà vu un préservatif, près de la moitié des élèves pensent
qu’on peut guérir du SIDA par la prière. Ensuite, un tiers des élèves
croient que le SIDA peut être le fait d’un sorcier; et 55 pour cent
pensent qu’ils ne sont pas un groupe à risque.
L’enquête révèle encore qu’un quart des élèves des classes de première
et de terminale ont des rapports sexuels occasionnels; et 46,3 pour
cent d’entre eux disent n’avoir jamais utilisé le préservatif lors des
rapports sexuels.
L’enquête a révélé également que 99 pour cent des élèves ont
souhaité avoir plus d’informations sur le VIH et le SIDA. Les
responsables de l’église catholique du Togo affirment donc avoir
répondu à un souhait partagé en lançant le programme d’enseignement du
VIH/SIDA.
Le manuel de formation sur le VIH/SIDA dans les écoles
catholiques met l’accent sur l’éducation sexuelle des jeunes en prônant
la chasteté, l’abstinence et la fidélité. Pour Mgr Denis Amuzu-Dzakpah,
archevêque de Lomé, il faut tout mettre en œuvre pour faire de
l’abstinence sexuelle avant le mariage et de la maîtrise de soi en
toute circonstance, des valeurs éducatives.
«Si l’on veut réellement que les jeunes, tout comme les
adultes, changent de comportement en matière sexuel, si l’on veut
véritablement créer les conditions éthiques élémentaires pour combattre
effacement cette pandémie, assurer l’avenir de la famille et du
continent africain en cherchant à l’éradiquer, il faut avoir le courage
de revenir aux valeurs morales, d’éduquer les jeunes à la
responsabilité en matière sexuelle, au respect de sa propre vie et de
celle d’autrui», a souligné Mgr Amuzu-Dzakpah au cours de l’atelier de
mars. L'église catholique enseigne que la fidélité dans le mariage
hétérosexuel, la chasteté et l'abstinence sont les meilleurs moyens
d'arrêter le SIDA qui fait des ravages dans tous les pays. Cette
position confirme une opinion exprimée récemment par le pape Benoît XVI
peu avant son arrivée au Cameroun pour une visite en mars, et qui a
suscité une vive polémique un peu partout dans le monde.
Source : IPS