Au canada, l'enseignement de la religion catholique vient d'être
bannie de l'enseignement public où il régnait par tradition au profit d'un
cours d'éthique citoyenne. Cette décision formalise le mouvement de
sécularisation que connait le pays depuis plusieurs décennies.
Du coup certains ténors du laïcisme plaident pour l'interdiction
de la cathéchèse dans l'enseignement privé.
Réaction dans Le Devoir, de
Jean-Pierre Proulx, Professeur à la faculté des sciences de l'éducation de
l'Université de Montréal à la tribune d'un journaliste de cette plaidoirie :
"Dans sa chronique de samedi dernier intitulée Laïcité à deux vitesses,
Michel David conteste le fait que les élèves fréquentant les écoles privées
pourront, en sus du cours d'éthique et culture religieuse obligatoire, recevoir
un enseignement religieux confessionnel, alors que ceux du public ne pourront
suivre que le premier. [...]Soit dit avec respect, le commentaire de M. David
repose sur une mauvaise compréhension de la raison d'être de l'école privée et
une méconnaissance des règles de droit qui la régissent.
Dans les pays où l'école publique est laïque -- c'est le cas aux États-Unis et
quasi partout au Canada et en France --, l'école privée a précisément pour but
de permettre aux parents l'exercice de leur liberté de religion à l'égard de
l'éducation de leurs enfants. En laïcisant complètement l'école publique, le
Québec vient précisément d'entrer dans le même camp.
Or les instruments juridiques internationaux auxquels le Québec a souscrit
garantissent précisément aux parents le droit de faire éduquer leurs enfants
conformément à leurs convictions religieuses.
Question de droits
D'abord, la Déclaration universelle des droits de l'homme affirme que «les
parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d'éducation à donner à
leurs enfants». Si le libellé de cette disposition est volontairement vague, le
Pacte international relatif aux droits économiques et sociaux des Nations unies
en précise la portée: «Les États parties au présent Pacte [c'est le cas du
Québec] s'engagent à respecter la liberté des parents [...] de choisir pour
leurs enfants des établissements autres que ceux des pouvoirs publics, mais
conformes aux normes minimales qui peuvent être prescrites ou approuvées par
l'État en matière d'éducation, et de faire assurer l'éducation religieuse et
morale de leurs enfants, conformément à leurs propres convictions». [...]
Les écoles privées du Québec respectent effectivement les «normes minimales»
prescrites par l'État puisqu'elles sont assujetties au régime pédagogique et
appliquent les programmes dans les «matières obligatoires» du ministère de
l'Éducation communs à toutes les écoles.
Obligations
Parmi ces matières obligatoires se trouve le programme d'éthique et de culture
religieuse, un programme non confessionnel qui vise, non pas à endoctriner ou
catéchiser les élèves, mais à former des citoyens cultivés, réciproquement
tolérants et accueillants, et capables d'entrer en dialogue. Les écoles privées
doivent respecter aussi le «temps minimum prescrit», soit 25 heures par
semaine.
Mais pour le reste, elles sont libres de proposer à leurs élèves ce qu'elles
veulent bien, d'ajuster en conséquence leurs horaires et de décider du temps
que leurs élèves passent en classe. Évidemment, les écoles privées destinées à
une confession particulière peuvent enseigner la religion propre à cette
confession. On comprend qu'une école juive enseigne à ses adeptes les croyances
et les préceptes de la Torah, une école musulmane, ceux du Coran, une école
catholique, ceux des Évangiles, etc. Les écoles privées existent précisément
pour cela!
Bref, il n'y a pas «laïcité à deux vitesses», mais laïcité à l'école publique,
et confessionnalité dans les écoles privées qui choisissent de se définir par
une appartenance religieuse particulière.
Iniquité
Michel David voit pourtant une «iniquité» à ce que les écoles privées
confessionnelles subventionnées enseignent leur religion en sus du programme
d'éthique et de culture religieuse, alors que les écoles publiques ne le
peuvent pas.
L'iniquité se trouve en fait du côté de ces parents qui, bien que désireux que
leurs enfants reçoivent un enseignement religieux confessionnel dont ils sont
privés à l'école publique, ne pourraient accéder à l'école privée faute de
moyens financiers. Ils se verraient donc ainsi empêchés d'exercer un droit
fondamental qui leur est garanti, et qui découle de la liberté de conscience et
de religion. L'objection est pertinente.