Un manuel de propagande contraceptive à l’école
J. et J. Verdier, Q. et A. Renard*
Les
programmes de SVT en cours de 4e comportent depuis 2007 un chapitre
entier sur la contraception. Surpris par le contenu du manuel proposé à
leurs enfants, des parents ont entrepris un relevé des erreurs et des
malhonnêtetés de cette propagande véhiculée dans un établissement
catholique. Sur la suggestion du chef de l’établissement, ils ont
alerté leur évêque, mais les mesures prises au sein de l’école n’ont
pas encore donné lieu à un discours vrai et sans ambigüité. Quand c’est
nécessaire, les parents d’élèves doivent faire valoir leur droit
naturel à trouver dans l’école de leurs enfants une éducation libre et
responsable. Plus qu’ils ne le croient souvent, leur intervention peut
aider les chefs d’établissement et les professeurs qui se sentent
parfois isolés dans leur mission d’éducateurs catholiques. Ce manuel, Sciences et Vie de la Terre, 4e (programme 2007), est dirigé par C. Lizeaux et R. Tavernier aux éditions Bordas.
PARENTS D’ELEVES en classe de quatrième, nous nous sommes intéressés
au chapitre de leur manuel de SVT sur « Les méthodes contraceptives ».
Voici la synthèse des incohérences et des lacunes que nous avons
relevées, avec les questions éthiques qu’elles soulèvent.
Les confusions du manuel
Le chapitre « Les méthodes contraceptives » du manuel comporte
plusieurs imprécisions fâcheuses. La première que nous avons relevée se
situe au tout début du chapitre. Le document n° 1 (p. 154) donne le but
de l'utilisation d'une méthode de contraception : permettre à un couple
de choisir le moment de la naissance de ses enfants et d'en décider le
nombre. Un encadré, à la même page, précise que sur les 350 000
grossesses non désirées par an en France, les deux tiers surviennent
alors qu’un moyen de contraception avait été utilisé [1]. Cela signifie-t-il que la contraception est sous-utilisée ou qu'elle est inefficace ?
Le manuel aborde également de façon très (trop ?) technique la question
de l’efficacité des méthodes contraceptives, et ce avec une certaine
confusion.
Le tableau de la page 154 fait apparaître la répartition des différents moyens de contraception dans le "%
des grossesses non désirées" ; page 155, on parle "
de
grossesses non désirées". Autrement dit, p. 154, sur 100 grossesses non
désirées 12 sont survenues alors qu'un préservatif avait été utilisé ;
p. 155, sur 100 rapports sexuels avec préservatif, 3 aboutissent à une
grossesse non désirée. Les deux données ne sont pas contradictoires,
pas directement comparables, mais comment s'y retrouver ? Le doute
s'installe... Il est vrai qu'il est difficile de faire mieux avec ce
genre de produit, mais pourquoi ne pas le dire ?

Page 160, il est précisé aussi que « la pilule est un moyen de
contraception très efficace à condition de bien suivre son mode
d'emploi ».
Sur la même page (ci-contre), une nouvelle confusion apparait : il est
expliqué qu'« une méthode contraceptive doit à la fois être efficace,
réversible et dépourvue d'effets nocifs ». La page précédente décrit la
contraception d'urgence en disant que « les effets d'une utilisation
répétée sont mal connues : son utilisation doit donc rester
occasionnelle ».
Ces confusions ne nous semblent pas pédagogiques. Selon nous, elles risquent de :
- perturber la logique de nos enfants en leur demandant de comprendre des informations qui manquent de clarté ;
- diminuer l'autorité et le prestige des professeurs (s'ils utilisent ce manuel).
Ces quelques éléments nous laissent perplexes quant à la qualité de ce
chapitre. Cependant, nous n'en avons pas obligatoirement perçu la
globalité. Nous tenons également à préciser que si nous avons relevé de
graves confusions dans ce manuel, celles-ci ne préjugent en rien de la
qualité du cours qui peut être délivré aux élèves, et de la liberté du
professeur apte à corriger ces graves défaillances.
Des lacunes

Dans sa conclusion, le manuel de nos enfants explique qu'une méthode
contraceptive efficace doit être sans risque. Il présente à nouveau la
pilule comme la méthode la plus efficace (p. 160). Il nous semble que
cette conclusion sous-entend que la pilule est sans risque. Or à l'été
2005, le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), basé à
Lyon
[2]
annonçait que les contraceptifs oestro-progestatifs sont des
cancérigènes du groupe 1 — c'est-à-dire avec le niveau de preuve le
plus important — après un examen complet de la littérature scientifique
: « Les experts estiment que la pilule contraceptive augmente le risque
de cancer du sein, de cancer du col de l'utérus et de celui du foie. En
revanche, elle diminue celui de l'ovaire et celui de l'endomètre. »
Deuxième grave lacune : les conséquences psychologiques de
l'utilisation de ces méthodes ne sont pas abordées. L’une d'entre
elles, nous semble-t-il, est la modification de son esprit à l’égard de
l’accueil de la vie. L’un des aspects de la mentalité contraceptive est
un refus de la vie quand elle n'a pas été choisie pouvant aller, dans
certain cas, jusqu'à l'avortement. Le principe de précaution devrait
commander au cours sur les méthodes contraceptives de traiter sans
tabous les risques liés à la prise prolongée de pilules, ainsi que les
conséquences psychologiques dues à une contraception.
Les impacts éthiques
1/ Il n'y a pas de définition précise du terme « contraception » dans
ce document et cela nous semble préjudiciable. Deux objectifs
apparaissent :
- empêcher la conception,
- prévenir la grossesse.
Dans cette seconde
perspective, les moyens abortifs (la pilule du lendemain, le stérilet)
dont le principe est de ne pas rendre possible la nidation, sont
compris comme des moyens contraceptifs. Cette approche semble être
celle des auteurs. Se pose ici le problème éthique du début de la vie.
A-t-il lieu dès la conception ? Paradoxalement, c’est ce que semblent
dire les auteurs : « Aussitôt formée, la cellule-oeuf commence à se
diviser. Ces divisions aboutissent à la formation d'un embryon : c'est
le début d'une nouvelle vie » (p. 140).
Cette question du commencement de la vie et de ses impacts sur la
contraception dépasse largement ce cours sur les méthodes
contraceptives. Elle devrait donc être abordée dans un autre cadre.
2/ Le manuel explique également que presque tous les couples utilisent
une méthode contraceptive : « Doc. 2 : 75 % des couples utilisent un
des moyens de contraception. » Le manque de définition est pénalisant
pour déterminer la portée de cette phrase. La pratique des méthodes
naturelles
[3]
peut-elle être assimilée à une méthode contraceptive ? D'après les
définitions citées supra, il nous semble que non puisque ces méthodes
n'empêchent ni la conception, ni la grossesse. Or l'emploi d'une
méthode contraceptive ou naturelle ressort du choix éthique de chaque
couple et que cette question devrait être abordée dans un cadre autre
que celui de ce cours.
Enfin le début du chapitre aborde la contraception comme un moyen de
réguler les naissances pour un couple, sous-entendu désirant avoir des
enfants, donc un couple « stable » et responsable ; mais il est
également largement question dans les pages qui suivent de la sexualité
des jeunes et des très jeunes. Permettre un tel trouble sur le sujet
étudié est-il intellectuellement honnête ? Veut-on parler de régulation
des naissances ou de relations sexuelles sans engagement ?

3/
Le manuel laisse sous-entendre qu'il n'est pas anormal d'avoir des
relations sexuelles avant 18 ans. Il précise (p. 159) qu'une mineure
peut obtenir une « pilule du lendemain » en pharmacie ou à l'école,
sans aucune autorisation parentale, médicale ou autre (doc.3). Ce
dispositif est sûrement légal mais il n'est pas anodin.
4/ L'éditeur de ce livre a développé un site Internet qui reprend sa
table des matières et propose différents liens en présentant
succinctement le complément de cours qu'ils apportent (cf. ci-contre).
Certaines indications pratiques (par exemple : « Des conseils pour bien
prendre sa pilule et sur ce qu'il faut faire en cas d'oubli ») ou
certains sites (par exemple
www.aufeminin.com
à partir du lien sur « Les nouvelles contraceptions »), sont hors sujet
par rapport au cours car ils incitent à un certain comportement et
dépassent largement un apprentissage purement scolaire.

5/
Le graphique de la page 154 (ci-contre) et son commentaire présente
l'utilisation des préservatifs dès l’âge de 15 ans, soit dès la classe
de 3e, comme quelque chose de normal.
Or le choix d'avoir des relations sexuelles en tant que mineurs, jeunes
adultes ou après le mariage, est une décision éthique. Aussi, il nous
semble que ces éléments devraient être abordés dans un autre cadre que
ce cours.
***
Au vu de ces éléments, il nous semble que le périmètre de ce cours de
SVT de 4e n'est pas bien défini : est-ce bien le lieu pour aborder un
sujet aussi complexe que la contraception, sans tomber dans l’écueil de
la fausse naïveté pour ce qui concerne les relations sexuelles
précoces, et sans occulter les nombreuses questions morales qui s’y
rapportent ? Préciser ce point nous parait important et nous nous
demandons s'il ne serait pas judicieux de proposer un complément sous
une forme ou sous une autre aux familles qui le désirent.
Catholiques pratiquants, nous essayons de respecter les critères
objectifs et rationnels d'une éthique responsable, rappelée par
l'enseignement de l'Église, et d'apprendre à nos enfants à faire de
même. Notre démarche est principalement motivée par notre foi, qui nous
éclaire sur la nature de la personne humaine. Aussi, nous souhaitons
que le cours « les méthodes contraceptives » soit conforme à
l'enseignement de l'Église (cf. encadré ci-dessous).
*Jérôme et Juliette Verdier, Quentin et Agnès Renard, parents d’élèves de 4e dans l’enseignement catholique.
[1]
D'après les chiffres que nous avons trouvés sur l’Internet (816 500
naissances et 210 000 avortements), il y a eu 34 % de grossesses non
désirées en 2007.
[2] Le CIRC est un centre dépendant de l'Organisation mondiale de la santé.
[3]
Ces méthodes consistent à connaître les périodes fécondes de la femme
et à pratiquer l'abstinence quand le couple ne souhaite pas avoir
d'enfant.
Source