Veille - Education

L'actualité de l'école dans une perspective chrétienne

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Tag - Ressources et témoins

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lundi, 17 novembre 2008

Soirée Premiers repères proposée par le Service des Vocations

21 novembre

Elle est destinée (sans inscription préalable) à tous les jeunes de 17 à 35 ans qui s’interrogent sur l’orientation de leur vie et désirent faire la lumière pour avancer.
Le vendredi 21 novembre 2008, de 19h30 à 22h30.
Dîner prévu, au presbytère de Saint-Séverin (3, rue des Prêtres Saint-Séverin - Paris Ve).
Contact : service des vocations
10, rue du Cloître Notre-Dame
75004 paris
Tel/Fax : 01 46 33 30 18
Site web

Source: ec75.org

Messe des étudiants d’Ile de France

18 novembre

Louange à 18h45, messe à 19 h 15 célébrée par Mgr André Vingt Trois. Soirée festive dans les jardins de la cathédrale.

Plusieurs milliers de jeunes de toute l’Ile-de-France sont attendus pour participer à cette traditionnelle Messe des Étudiants présidée par le Cardinal André Vingt-Trois.

Pour l’archevêque de Paris, cette messe constitue une occasion particulière de parler aux jeunes d’Ile-de-France. Pour les étudiants, c’est l’occasion de prier, de confier leur année à Dieu et de partager un moment fort.

Organisée chaque année, la Messe des Etudiants est préparée et animée par une équipe d’étudiants et d’aumôniers de la Mission Étudiante Catholique d’Ile-de-France (M.E.C.I.) qui regroupe toutes les aumôneries étudiantes franciliennes.

Ouverture des portes de la cathédrale à 18h45.

mardi, 11 novembre 2008

Un enfant qui travaille, c’est sacré!

Il est important qu’il y ait dans les établissements scolaires des lieux et des temps réservés pour le travail silencieux. Des lieux: CDI, bibliothèque, salles d’étude. Des temps:
heures de lecture, d’étude, prévues dans les emplois du temps. Qu’il soit donné aussi de faire cette expérience de travailler silencieusement au milieu des autres. Des grandes bibliothèques publiques — je pense à celle du Centre Georges Pompidou à Paris — sont des « temples » modernes où s’expérimente le silence partagé.
Au collège, au lycée, les heures d’étude dirigées, surveillées, libres..., disons les heures où il est possible pour les jeunes de travailler dans le silence, soutenus par une présence adulte qui assure la sécurité d’un climat paisible, sont d’un grand prix. Une éducatrice, chargée de surveiller une étude à heure régulière, avec le même groupe d’élèves, disait: « Je ne les surveille pas, je veille sur eux ». Ce ne sont pas des heures de « permanence « pour boucher un trou, ou garder au calme des élèves qui pourraient être bruyants et gêner les autres.
Non, une heure d’étude peut être un temps sacré, un moment privilégié d’éducation à l’intériorité.
L’installation sera décisive, avec quelques consignes pour que chacun prenne ce qui lui est nécessaire pour travailler sans avoir à se déplacer. La mise en projet peut être accompagnée: qu’est-ce que je choisis de faire pendant cette heure? Chacun sera invité à être vigilant à son voisinage: à côté de tel camarade je me laisserai distraire; je choisis donc de m’isoler, de me déplacer... Ces petites décisions ont leur importance; elles donnent à ces temps de travail leur orientation morale: est-on prêt à travailler, à croiser le regard de l’adulte avec confiance, ou va-t-on subir ce temps avec ennui, être prompt à dissimuler, à fuir dans toutes les distractions qui se présenteront?
On peut ne pas faire de bruit, et cependant ne pas entrer dans le silence.
Surveiller une étude est un acte hautement éducatif dont bien des surveillants ne mesurent pas la portée. Il peut être bon, bien sûr, d’avoir soi-même de quoi s’occuper, de la lecture, un travail en cours. Mais la qualité de présence de l’adulte influera beaucoup sur l’aventure intérieure qui est en jeu. Un dialogue silencieux peut s’instaurer si le climat de confiance s’est établi. Un froncement de sourcil arrêtera net un début de bavardage souterrain. Un sourire encourageant aidera le rêveur à se remettre au travail. Un geste significatif, cordial mais net, interdira qu’on dérange un camarade « pour rien » (lui emprunter sa colle, son livre d’anglais, une feuille de classeur), ce qui provoquerait un remue-ménage perturbant.
Apprendre à respecter le travail des autres, à faire percevoir, parce qu’on en est persuadé soi-même, que quelqu’un qui travaille, c’est sacré. Croiser le regard d’un enfant hypnotisé par la feuille d’exercices de maths de son voisin, et le ramener doucement à son propre cahier, est un acte discret d’éducation à l’honnêteté qui contribue à construire des réflexes pour la vie.
Une heure d’étude ainsi surveillée vaut largement une heure de cours. L’aventure du travail personnel est accompagnée. L’effort exigeant n’est pas contourné mais soutenu.
Heureux les enfants qui auront bénéficié au cours de leur scolarité de ces heures de travail, encadrées par des adultes dans un environnement porteur. Sur le moment, parfois, ils se seront rebiffés contre ces heures qu’ils auraient pu passer librement à la maison, ou en tout cas hors de l’école. Plus tard, ils découvrent qu’ils en gardent le goût du travail approfondi, du silence partagé avec d’autres, de la présence amicale et ferme d’adultes qui les ont aidés à se mettre effectivement au travail, à se dépasser, à développer leur espace intérieur.
Peu à peu, la présence de l’adulte n’est plus nécessaire:
les jeunes sont capables de se donner à eux-mêmes les consignes de silence propices à un vrai travail. Ils en éprouvent le besoin et le goût. Ils sont mûrs pour l’autosurveillance.
Nous parvenons là à une situation idéale, vers laquelle il faut tendre...

Christiane Conturie, Enseigner avec bonheur

lundi, 10 novembre 2008

Souffrances et espérance dans l'éducation

congrès : samedi 24 et dimanche 25 janvier 2009
Ecole Saint Jean de Passy - 72 rue Raynouard 75016 Paris


Souffrances et espérance dans l'éducation
prochainement vous trouverez ici
la plaquette de présentation du Congrès

 

SAMEDI 24 janvier 2009

 

DIMANCHE 25 janvier 2009

 
 

14h00

Accueil


 

 

 
 

14h15

Ouverture du congrès

 

9h00

MESSE célébrée par l'abbé Branchu

 
  14h30 Conférence par le Père Fréderic Louzeau,
" Education et rédemption "
  10h30 Conférence par Eric de Rus, philosophe :
" L'éducation eucharistique chez Edith STEIN"
 
 

15h45

Conférence par Thierry ROMBOUT,
Président de l'Institut de Formation Sociale
" Education et rédemption "

 

12h00

Visite des stands

 
 

16h45

Pause, Visite des stands et de la librairie

 

12h30

Déjeuner

 
 

17h30

Carrefours thématiques au choix :

1 - Conduites de fuite (monde virtuel, suicide)
2 - les jeunes face à la drogue et à l'alcool
3 - Autour de l'échéc scolaire
4 - Trouble du comportement chez les adolescents
5 - L'expérinece des chantiers éducation des Associations Familiales Catholiques

 

14h30

Conférence par Henry QUINSON,

moine fondateur de la Fraternité Saint Paul à Marseille

" Eduquer dans une cité "

 
 

19h00

Vêpres

 

16h00

Conclusion et envoi

 
 

19h30

Dîner

 

 

 
 

21h00

Soirée artistique " DIEU n'est pas un saint ",
notes intimes de Marie Noël
Interprétation de Herrade Von Meier

 

 

 

 
 

22h15

Temps d' ADORATION eucharistique

     

Education en Europe : discours de Mgr Bruguès à Nuremberg

« L'homme et sa dignité doivent rester au centre de tout projet éducatif », déclare Mgr Bruguès devant le Conseil de l'Europe. 

Mgr Jean-Louis Bruguès, OP, secrétaire de la congrégation romaine pour l'éducation catholique, est intervenu le 6 novembre, à Nuremberg, lors du IVe séminaire du Conseil de l'Europe des ministres de l'éducation des pays signataires de la Convention culturelle européenne. 

Source

Assises pour la Mission - Premières rencontres diocésaines le samedi 15 novembre

15 novembre

Les chrétiens mesurent de plus en plus l’ampleur de la mission que le Seigneur leur a confiée et qu’ils doivent relever aujourd’hui : jeunesse, famille, charité… Dans tous les domaines des initiatives sont possibles.
Vous vous sentez concernés ? Prenez part aux Assises pour la mission. Trois rencontres thématiques le samedi 15 novembre.

Les rencontres ont lieu le samedi de 14h à 18h30 Elles seront suivies de la messe dominicale.

L’Enfance, l’Adolescence à Saint-Denys de la Chapelle – 52, place de Torcy – 18e

Le Dimanche à Saint-Léon – 11, place du Cardinal Amette – 15e

La communication paroissiale et diocésaine Saint-Augustin – place Saint Augustin – 8e

Vous souhaitez participer ou tout simplement vous renseigner ? Rendez-vous sur le blog des Assises : www.assisespourlamission.fr

dimanche, 9 novembre 2008

Reflexion sur l'enseignement catholique supérieur

LOURDES (Hautes-Pyrénées), 9 nov 2008 (AFP) -

L'assemblée plénière des évêques de France qui vient de se tenir à Lourdes, a mis en place un  consacré à l'enseignement catholique supérieur, annonce dimanche la Conférence des évêques de France dans un communiqué.

Le groupe de travail est présidé par le cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux et ancien président de la Conférence des évêques.

Il présentera le résultat de leurs réflexions au cours de la prochaine assemblée plénière dans un an.

Liberté d’éducation

« Premiers responsables de l’éducation de leurs enfants, les parents ont le droit de choisir pour eux une école qui correspond à leur propres convictions. Ce droit est fondamental. Les parents ont, autant que possible, le devoir de choisir les écoles qui les assisteront au mieux dans leur tâche d’éducateurs chrétiens. Les pouvoirs publics ont le devoir de garantir ce droit et d’assurer les conditions réelles de son exercice. »

Catéchisme de l’Église catholique, 2229

jeudi, 6 novembre 2008

Réflexions sur le bon usage des études scolaires...

Bien qu’aujourd’hui on semble l’ignorer, la formation de la faculté d’attention est le but véritable et presque l’unique intérêt des études. La plupart des exercices scolaires ont aussi un certain interêt intrinsèque; mais cet intérêt est secondaire. Tous les exercices qui font vraiment appel au pouvoir d’attention sont intéressants au même titre et presque également.

N’avoir ni don ni goût naturel pour la géométrie n’empêche pas la recherche d’un problème ou l’étude d’une démonstration de développer l’attention. Même il importe peu qu’on réussisse à trouver la solution ou à saisir la démonstration, quoiqu’il faille vraiment s’efforcer d’y réussir Jamais, en aucun cas, aucun effort d’attention n’est perdu. Toujours il est pleinement efficace spirituellement. Si on cherche avec une véritable attention la solution d’un problème, et si, au bout d’une heure, on n’est pas plus avancé qu’en commençant, on a néanmoins avancé, durant chaque minute de cette heure, dans une autre dimension plus mystérieuse. Sans qu’on le sente, sans qu’on le sache, cet effort en apparence stérile et sans finit a mis plus de lumière dans l’âme. Le fruit se retrouvera un jour, plus tard, dans un domaine quelconque de l’intelligence, peut-être tout à fait étranger à la mathématique.

Les certitudes de cette espèce sont expérimentales. Mais si l’on n’y croit pas avant de les avoir éprouvées, si du moins on ne se conduit pas comme si on y croyait, on ne fera jamais l’expérience qui donne accès à de telles certitudes.. .Toutes les fois qu’un être humain accomplit un effort d’attention avec le seul désir de devenir plus apte à saisir la vérité, il acquiert cette aptitude plus grande, même si son effort n’a produit aucun fruit visible. Quand même les efforts d’attention resteraient en apparence stériles pendant des années, un jour la lumière exactement proportionnelle à ces efforts inondera l’âme. Chaque effort ajoute un peu d’or à un trésor que rien au monde ne pourra ravir.

Mettre dans les études cette intention est la première condition de leur bon usage spirituel. La seconde condition est de s’astreindre rigoureusement à regarder en face chaque exercice scolaire manqué, dans toute la laideur de sa médiocrité, sans se chercher aucune excuse, sans négliger aucune faute ni aucune correction du professeur, et en essayant de remonter à l’origine de chaque faute. La tentation est grande de faire le contraire, de glisser sur l’exercice corrigé, s’il est mauvais, un regard oblique, et de le cacher aussitôt. Presque tous font toujours ainsi. Il faut refuser cette tentation. Rien n’est plus nécessaire au succès scolaire, car on travaille sans beaucoup progresser, quelque effort que l’on fasse, quand on répugne à accorder son attention aux fautes commises et aux corrections des professeurs. Surtout la vertu d’humilité, trésor infiniment précieux, peut être acquise ainsi.

Le plus souvent on confond avec l’attention une espèce d’effort musculaire. Si on dit à des élèves: “Maintenant vous allez faire attention”, on les voit froncer les sourcils, retenir la respiration, contracter les muscles. Si après deux minutes on leur demande à quoi ils ont fait attention, ils ne peuvent pas répondre.. Ils n’ont fait attention à rien. Ils n’ont pas fait attention. Ils ont contracté leurs muscles. On dépense souvent ce genre d’effort musculaire dans les études. Comme il finit par fatiguer, on a l’impression qu’on a travaillé. C’est une illusion. La fatigue n’a aucun rapport avec le travail. Le travail est l’effort utile, qu’il soit fatigant ou non.

L’intelligence ne peut être menée que par le désir. Pour qu’il y ait désir, il faut qu’il y ait plaisir et joie. L’intelligence ne grandit et ne porte de fruits que dans la joie. La joie d’apprendre est aussi indispensable aux études que la respiration aux coureurs.

Simone Weil

samedi, 1 novembre 2008

Un partenaire confirmé : le Mej

Constatant une forte convergence entre la pédagogie du Mej et les orientations pastorales nées de la dynamique des Assises ainsi que des orientations du récent texte des Évêques sur la catéchèse, le Sgec et le Mej ont décidé la mise en œuvre d¹un partenariat.


E
n effet, ces deux entités partagent les mêmes valeurs et la même volonté d'aider les jeunes à développer toutes leurs qualités pour parvenir à un engagement personnalisé et responsable dans leurs divers milieux d'insertion sociale.
L'accord signé le 16 octobre 2008 constitue un cadre de référence pour la direction de chaque établissement intéressé et pour le responsable local du Mej.
Source : Enseignement Catholique

vendredi, 31 octobre 2008

Rome : Synode sur la parole de Dieu : et le Cathéchisme ?

Cité du Vatican, le 15 octobre 2008  - (E.S.M.)- Dans de nombreuses interventions, souvent interrompues par des applaudissements, a résonné l'accent sur l'importance du rôle des catéchistes, dont la formation dans la Parole de Dieu doit transformer la vie de celui qui l'écoute pour ensuite en rendre le témoignage.

Les contributions


vendredi, 17 octobre 2008

Congrès sur « Fides et ratio » : Discours de Benoît XVI (16 octobre)

ROME, Vendredi 17 octobre 2008 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le discours que le pape Benoît XVI a adressé ce jeudi aux personnes qui participaient au congrès organisé par l'Université pontificale du Latran à l'occasion du dixième anniversaire de l'encyclique de Jean-Paul II « Fides et ratio », et qu'il a reçues en audience.

*  *  *

Messieurs les cardinaux,

Vénérés frères dans l'épiscopat et dans le sacerdoce,

Mesdames, Messieurs,

Je suis heureux de vous rencontrer à l'occasion du congrès organisé de manière opportune pour célébrer le dixième anniversaire de l'encyclique Fides et ratio. Je remercie tout d'abord Mgr Rino Fisichella des paroles courtoises qu'il m'a adressées au début de la rencontre d'aujourd'hui. Je me réjouis que les journées d'étude de votre congrès voient la collaboration effective entre l'Université du Latran, l'Académie pontificale des sciences et la Conférence mondiale des Institutions universitaires catholiques de philosophie. Une telle collaboration est toujours souhaitable, surtout lorsqu'on est appelé à rendre raison de sa propre foi face aux défis toujours plus complexes qui se posent aux croyants dans le monde contemporain.

Avec dix ans de recul, un regard attentif sur l'encyclique Fides et ratio permet d'en saisir avec admiration l'actualité durable : elle révèle la profondeur clairvoyante de mon inoubliable prédécesseur. En effet, l'encyclique se caractérise par sa grande ouverture à l'égard de la raison, en particulier à une période où on en théorise la faiblesse. Jean-Paul II souligne en revanche l'importance de conjuguer la foi et la raison dans leur relation réciproque, tout en respectant la sphère d'autonomie propre à chacune.  Avec ce magistère, l'Eglise s'est faite l'interprète d'une exigence naissante dans le contexte culturel actuel. Elle a voulu défendre la force de la raison et sa capacité d'atteindre la vérité, en présentant encore une fois la foi comme une forme particulière de connaissance, grâce à laquelle on s'ouvre à la vérité de la Révélation (cf. Fides et ratio, n. 13). On lit dans l'encyclique qu'il faut avoir confiance dans les capacités de la raison humaine et ne pas se fixer des objectifs trop modestes : « C'est la foi qui incite la raison à sortir de son isolement et à prendre volontiers des risques pour tout ce qui est beau, bon et vrai. La foi se fait ainsi l'avocat convaincu et convaincant de la raison » (n. 56). Le temps écoulé manifeste, du reste, quels sont les objectifs que la raison, soutenue par la passion pour la vérité, a su atteindre. Qui pourrait nier la contribution que les grands systèmes philosophiques ont apportée  au développement de la conscience de soi de l'homme et au progrès des différentes cultures ? Celles-ci, par ailleurs, deviennent fécondes quand elles s'ouvrent à la vérité, permettant à ceux qui y participent d'atteindre des objectifs qui rendent la vie sociale toujours plus humaine. La recherche de la vérité porte ses fruits en particulier quand elle est soutenue par l'amour de la vérité. Saint Augustin a écrit : « Ce que l'on possède avec l'esprit s'obtient en le connaissant, mais aucun bien n'est pas parfaitement connu si l'on n'aime pas parfaitement » (De diversis quaestionibus, 35, 2).

Toutefois, nous ne pouvons pas nous cacher qu'un glissement a eu lieu, d'une pensée en grande partie spéculative à une pensée le plus souvent expérimentale. La recherche s'est en particulier tournée vers l'observation de la nature, dans la tentative d'en découvrir les secrets. Le désir de connaître la nature s'est ensuite transformé en une volonté de la reproduire. Ce changement n'a pas été indolore : l'évolution des concepts a entaché la relation entre la  fides et la  ratio, ce qui a amené l'une et l'autre à suivre des voies différentes. La conquête scientifique et technologique, avec laquelle la fides est toujours davantage appelée à se confronter, a modifié l'antique concept de ratio ; d'une certaine manière, elle a marginalisé la raison qui recherchait la vérité ultime des choses pour laisser place à une raison qui se contentait de découvrir la vérité contingente des lois de la nature. La recherche scientifique a certainement une valeur positive. La découverte et le développement des sciences mathématiques, physiques, chimiques et des sciences appliquées sont le fruit de la raison et expriment l'intelligence avec laquelle l'homme réussit à pénétrer dans la profondeur de la création. La foi, pour sa part, ne craint pas le progrès de la science et les développements auxquels ses conquêtes conduisent lorsque celles-ci sont finalisées à l'homme, à son bien-être et au progrès de toute l'humanité. Comme le rappelait l'auteur inconnu de la Lettre à Diognète : « Ce n'est pas l'arbre de la science qui tue, mais la désobéissance. Il n'y a pas de vie sans science, ni science sûre sans vie véritable » (XII, 2.4).

Il arrive cependant que les scientifiques n'orientent pas toujours leurs recherches vers ces objectifs. Le gain facile ou, pire encore, l'arrogance de remplacer le Créateur jouent parfois un rôle déterminant. Il s'agit d'une forme d'hybris de la raison, qui peut assumer des caractéristiques dangereuses pour l'humanité elle-même.  La science, par ailleurs, n'est pas en mesure d'élaborer des principes éthiques ; elle peut seulement les accueillir et les reconnaître comme nécessaires pour faire disparaître ses éventuelles pathologies. La philosophie et la théologie deviennent, dans ce contexte, des aides indispensables avec lesquelles il faut se confronter pour éviter que la science n'avance toute seule sur un sentier tortueux, plein d'imprévus et qui n'est pas dépourvu de risques. Cela ne signifie pas du tout  limiter la recherche scientifique ou empêcher la technique de produire des instruments de développement ; cela consiste plutôt à garder en éveil le sens de responsabilité que la raison et la foi possèdent à l'égard de la science, pour qu'elle demeure dans le sillon de son service à l'homme.

La leçon de saint Augustin est toujours riche de signification, également dans le contexte actuel : « A quoi parvient - se demande le saint Evêque d'Hippone -  celui qui sait bien utiliser la raison, sinon à la vérité ? Ce n'est  pas la vérité qui parvient à elle-même avec le raisonnement, mais c'est elle que recherchent ceux qui utilisent la raison... Confesse que tu n'es pas toi-même ce qui est la vérité, car celle-ci ne se cherche pas elle-même; toi, en revanche,  tu es parvenu à elle non pas en passant d'un lieu à l'autre, mais en la recherchant avec la disposition de l'esprit » (De vera religione, 39, 72). Ce qui revient à dire : quel que soit le lieu où se déroule la recherche de la vérité, celle-ci demeure comme une donnée qui est offerte et qui peut être reconnue comme déjà présente dans la nature. En effet, l'intelligibilité de la création n'est pas le fruit de l'effort du scientifique, mais la condition qui lui est offerte pour lui permettre de découvrir la vérité qui y est présente. « Le raisonnement ne crée pas ces vérités - poursuit Augustin dans sa réflexion - mais les découvre. Celles-ci existent donc en elles-mêmes, avant encore d'être découvertes et, une fois découvertes, elles nous renouvellent » (ibid., 39, 73). La raison, en somme, doit pleinement accomplir son parcours, forte de son autonomie et de sa riche tradition de pensée.

Par ailleurs, la raison sent et découvre que, outre ce qu'elle a déjà atteint et conquis, il existe une vérité qu'elle ne pourra jamais découvrir en partant d'elle-même, mais seulement recevoir comme un don gratuit. La vérité de la Révélation ne se superpose pas à celle qui est atteinte par la raison ; elle purifie plutôt la raison et l'élève, lui permettant ainsi d'élargir ses propres espaces pour s'insérer dans un domaine de recherche insondable comme le mystère lui-même. La vérité révélée, dans la « plénitude des temps » (Ga 4, 4), a pris le visage d'une personne, Jésus de Nazareth, qui apporte la réponse ultime et définitive à la question de sens que se pose chaque homme. La vérité du Christ, dans la mesure où elle touche chaque personne à la recherche de joie, de bonheur et de sens, dépasse de beaucoup toute autre vérité que la raison peut trouver. C'est donc autour du mystère, que la  fides  et la ratio trouvent la possibilité réelle d'un parcours commun.

Au cours de ces journées, se déroule le synode des évêques sur le thème : « La Parole  de Dieu dans la vie et la mission de l'Eglise ». Comment ne pas voir la coïncidence providentielle de ce moment avec votre Congrès. La passion pour la vérité nous pousse à rentrer en nous-mêmes pour saisir dans l'homme intérieur le sens profond de notre vie. Une vraie philosophie devra conduire chaque personne par la main et lui faire découvrir combien il est fondamental pour sa dignité de connaître la vérité de la Révélation. Devant cette exigence de sens, qui ne donne pas de trêve tant qu'elle ne débouche pas en Jésus Christ, la Parole de Dieu révèle son caractère de réponse définitive. Une Parole de révélation qui devient vie et qui demande à être accueillie comme source intarissable de vérité.

Alors que je souhaite à chacun de ressentir toujours en soi cette passion pour la vérité, et de faire ce qui est en son pouvoir pour en satisfaire les exigences, je désire vous assurer que je suis avec satisfaction et sympathie votre engagement, en accompagnant votre recherche, également par ma prière. Pour confirmer ces sentiments, je donne volontiers à vous tous qui êtes ici présents et à vos proches, ma bénédiction apostolique. 

© Copyright du texte original : Librairie Editrice du Vatican
Traduction : Zenit

jeudi, 9 octobre 2008

L'ECOLE CATHOLIQUE AU SEUIL DU TROISIEME MILLENAIRE

1. Au seuil du troisième millénaire l'éducation et l'école catholique se trouvent affrontées à de nouveaux défis engendrés par le contexte socio-politique et culturel. Il s'agit en particulier d'une crise des valeurs, qui, surtout dans les sociétés riches et développées, prend les formes du subjectivisme diffus, du relativisme moral et du nihilisme, souvent exaltées par les moyens de communication sociale. Le profond pluralisme, qui envahit la conscience sociale, donne vie à divers comportements, tellement antitéthiques en certains cas qu'ils en viennent à miner toute identité communautaire. Les rapides changements structurels, les profondes innovations techniques et la globalisation de l'économie tendent, partout dans le monde, à influer toujours plus sur la vie de l'homme. Il s'en suit que, contrairement aux perspectives du développement pour tous, on assiste à une augmentation de l'écart entre peuples riches et peuples pauvres et à d'énormes flux migratoires des pays sous-développés vers ceux qui ont atteint un développement. Le phénomène de la multiplicité des cultures et d'une société qui devient toujours plus multi-raciale, multi-éthnique et multi-religieuse, comporte en lui-même un enrichissement, mais aussi de nouveaux problèmes. A cela s'ajoute, dans les pays d'antique évangélisation, une marginalisation croissante de la foi chrétienne comme référence et lumière dans l'interprétation effective et convaincue de l'existence.

2. Dans le domaine plus particulier de l'éducation les fonctions éducatives se sont élargies; elles sont devenues plus complexes et spécialisées. Les sciences de l'éducation, d'abord centrées sur l'étude de l'enfant et la préparation du maître, ont été poussées à s'ouvrir aux divers âges de la vie, aux différents contextes et situations au-delà de l'école. De nouvelles exigences ont renforcé la demande de nouveaux contenus, de nouvelles compétences et de nouvelles figures éducatives en dehors des traditionnelles. Il s'en suit qu'il est particulièrement difficile d'éduquer, de faire l'école dans le contexte d'aujourd'hui.

3. Face à cet horizon, l'école catholique est appelée à un courageux renouvellement. L'héritage précieux d'une longue expérience séculaire manifeste, en effet, sa propre vitalité surtout dans la capacité d'une sage innovation. Il est tellement nécessaire qu'aujourd'hui encore l'école catholique sache se proposer de manière efficace, convaincante et actuelle. Il ne s'agit pas de simple adaptation, mais d'élan missionnaire: c'est le devoir fondamental de l'évangélisation, d'aller là où est l'homme pour qu'il accueille le don du salut.

4. Aussi, la Congrégation pour l'Education Catholique, en ces années d'immédiate préparation au Grand Jubilé de l'An 2000, à l'occasion de l'heureux anniversaire des trente ans de l'institution de l'Office pour les écoles(1) et des vingt ans de la sortie du document L'école catholique, publié le 19 mars 1977, dans le but « de centrer son attention sur la nature et les caractères distinctifs de l'école qui se définit et se présente comme catholique »,(2) entend-t-elle s'adresser, par la présente lettre circulaire, à tous ceux qui sont engagés dans l'éducation scolaire, avec le désir de leur faire parvenir une parole d'encouragement et d'espérance. Cette lettre se propose en particulier de partager la joie pour les fruits positifs de l'école catholique et les préoccupations pour les difficultés qu'elle rencontre. En outre, avec le soutien de l'enseignement du Concile Vatican II, des nombreuses interventions du Saint Père, des Assemblées ordinaires et spéciales du Synode des Evêques, des Conférences épiscopales et de la sollicitude pastorale des Ordinaires diocésains, ainsi que des Organisations internationales catholiques à buts éducatifs et scolaires, il nous semble opportun de porter attention à quelques caractéristiques fondamentales de l'école catholique que nous considérons importantes pour l'efficacité de son œuvre éducative dans l'Eglise et dans la société: l'école catholique comme lieu d'éducation intégrale de la personne humaine à travers un projet éducatif clair qui a son fondement dans le Christ;(3) son identité ecclésiale et culturelle; sa mission de charité éducative; son service social; le style éducatif qui doit caractériser la communauté chargée de l'éducation.

Joies et peines

5. C'est avec satisfaction que nous parcourons le chemin positif que l'école catholique a accompli ces dernières décennies. Il faut considérer avant tout la contribution qu'elle apporte à la mission évangélisatrice de l'Eglise dans le monde entier, y compris dans les aires où aucune autre action pastorale n'est possible. Par ailleurs, l'école catholique, en dépit des difficultés, a continué à vouloir être corresponsable du développement social et culturel de diverses communautés et des peuples, dont elle fait partie, en partageant leurs joies et leurs espérances, leurs souffrances, leurs difficultés et leur engagement pour un authentique progrès humain et communautaire. Dans cette perspective, il faut mentionner la précieuse contribution qu'elle offre au développement spirituel et matériel des peuples moins favorisés, en se mettant à leur service. Nous ressentons le devoir d'apprécier l'apport de l'école catholique à l'innovation pédagogique et didactique et le grand engagement qui y est prodigué par tant de fidèles et surtout, par tous ceux qui, consacrés et laïcs, vivent leur fonction d'enseignant comme une vocation et un authentique apostolat.(4) Nous ne pouvons oublier enfin la contribution de l'école catholique à la pastorale d'ensemble et particulièrement à la pastorale familiale, en soulignant, à ce propos, l'œuvre discrète d'insertion dans les dynamiques éducatives entre parents et enfants et, de manière toute spéciale, le soutien simple et profond, riche de sensibilité et de délicatesse, apporté aux familles « faibles » ou « désunies », de plus en plus nombreuses surtout dans les pays développés.

6. L'école est indubitablement un carrefour sensible des problématiques qui agitent cette dernière période mouvementée de fin de millénaire. L'école catholique est ainsi confrontée à des enfants et à des adolescents qui vivent les difficultés du temps présent. On se trouve face à des élèves qui refusent l'effort, se montrent incapables de sacrifice et de persévérance et n'ont pas, à commencer souvent auprès des membres de leur famille, de modèles valables auxquels se référer. En des cas de plus en plus fréquents, ils sont non seulement indifférents ou non praticants, mais se révèlent dépourvus de toute formation religieuse ou morale. A cela s'ajoute chez de nombreux élèves et dans les familles, un sentiment de profonde apathie pour la formation éthique et religieuse, de sorte qu'en définitive la seule chose à laquelle on s'intéresse et qu'on demande à l'école catholique est le diplôme ou tout au plus une instruction qualifiée et une habilitation professionnelle. Le climat ainsi décrit engendre une certaine fatigue pédagogique, qui s'ajoute à la difficulté croissante, dans le contexte actuel, d'allier le fait d'être d'enseignant et le fait d'être éducateur.

7. Parmi les difficultés, il y a aussi les situations d'ordre politique, social et culturel qui empêchent et rendent difficile la fréquentation de l'école catholique. Le drame de la misère diffuse et de la faim dans le monde, conflits et guerres civiles, phénomène de dégradation urbaine, diffusion de la criminalité dans les grandes aires métropolitaines de tant de cités, ne permettent pas la pleine réalisation des projets de formation et d'éducation. En d'autres parties du monde, ce sont les gouvernements qui font obstacle, en empêchant en fait, sinon l'action de l'école catholique, du moins la progression des mentalités, des pratiques démocratiques et la sensibilisation accrue pour les droits humains. D'autres difficultés sont créées par les problèmes économiques. Une telle situation se fait sentir davantage dans les pays où aucune contribution gouvernementale n'est prévue pour les écoles qui ne sont pas de l'Etat. Ce qui rend presque insoutenable la charge économique pour les familles qui ne choisissent pas l'école de l'Etat et grève d'une sérieuse hypothèque la survie même des écoles. En dehors des incidences sur le recrutement et la présence continue des maîtres, les difficultés économiques peuvent avoir aussi pour effet l'exclusion des écoles catholiques de quiconque n'est pas en possession de moyens suffisants, provocant ainsi une sélection des étudiants, qui fait perdre à l'école catholique sa caractéristique fondamentale d'être l'école pour tous.

Le regard tendu en avant

8. Le regard tourné vers les joies et les peines de l'école catholique, sans prétendre en épuiser l'étendue et la profondeur, nous invite à penser à la contribution qu'elle peut apporter à la formation des nouvelles générations au seuil du troisième millénaire, conscients, comme l'écrit Jean-Paul II, que « l'avenir du monde et de l'Eglise appartient aux jeunes générations, qui, nées au cours de ce siècle, arriveront à leur maturité au cours du prochain, le premier du nouveau millénaire ».(5) L'école catholique doit être ainsi en mesure de fournir aux jeunes les instruments de connaissance qui leur permettent de prendre place dans une société fortement marquée par les connaissances techniques et scientifiques mais, en même temps — nous pourrions dire en premier lieu — elle doit pouvoir leur donner une solide formation orientée chrétiennement. Nous sommes donc convaincus que, pour faire de l'école catholique un instrument éducatif adapté au monde d'aujourd'hui, il faut renforcer quelques-unes de ses caractéristiques fondamentales.

La personne et son éducation

9. L'école catholique prend l'aspect d'une école pour la personne et d'une école des personnes. « La personne de chacun, dans ses besoins matériels et spirituels, est au centre de l'enseignement de Jésus: c'est pour cela que la promotion de la personne humaine est le but de l'école catholique ».(6) Cette affirmation, en mettant en lumière le rapport vital de l'homme au Christ, rappelle qu'en la Personne même du Christ se trouve la plénitude de la vérité sur l'homme. C'est pour cela que l'école catholique, en s'engageant à promouvoir l'homme dans son intégrité, le fait, en obéissant à la sollicitude de l'Eglise, dans la conscience que toutes les valeurs humaines trouvent leur réalisation plénière et par conséquent leur unité dans le Christ.(7) Cette conscience exprime la position centrale de la personne dans le projet éducatif de l'école catholique, renforce son engagement éducatif, la rend apte à éduquer de fortes personnalités.

10. Le contexte socio-culturel d'aujourd'hui risque de mettre dans l'ombre « la valeur éducative de l'école catholique, valeur qui constitue sa raison d'être principale et fondamentale et qui est la base de son apostolat ».(8) En effet, s'il est vrai que dans les dernières années il y a eu une forte attention et une sensibilisation accrue de la part de l'opinion publique, des organisations internationales et des gouvernements aux questions de l'école et de l'éducation, on doit aussi constater que s'est répandue une réduction de l'éducation aux aspects purement techniques et fonctionnels. Les sciences pédagogiques et éducatives elles-mêmes sont apparues plus arrêtées sur le versant de la reconnaissance phénoménologique et de la pratique didactique que sur celui de l'éducation proprement dite, centrée sur des valeurs et des horizons lourds de signification. La fragmentation de l'éducation, le caractère générique des valeurs auxquelles on en appelle fréquemment, tout obtenant un large et rapide consensus, au prix, cependant, d'un dangereux obscurcissement des contenus, tendent à replier l'école sur un neutralisme supposé, qui épuise le potentiel éducatif et se reflète négativement sur la formation des élèves. On veut oublier que l'éducation présuppose et implique toujours une conception déterminée de l'homme et de la vie. A la prétendue neutralité scolaire correspond, le plus souvent, l'éloignement pratique de la référence religieuse du champ de la culture et de l'éducation. Une vision pédagogique adéquate est au contraire appelée à se mouvoir sur le terrain plus décisif des fins, à se préoccuper non seulement du « comment », mais aussi du « pourquoi », à dépasser la méprise d'une éducation aseptique, à rendre au processus éducatif ce caractère unitaire qui empêche la dispersion dans la diversité des connaissances et des acquisitions en mettant au centre la personne dans son identité globale, transcendentale et historique. En possession d'un projet éducatif inspiré de l'évangile, l'école catholique est appelée à relever ce défi dans la conviction que « le mystère de l'homme ne s'éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné ».(9)

L'école catholique dans le cœur de l'Eglise

11. La complexité du monde contemporain nous convainc de la nécessité de redonner consistance à la conscience de l'identité de l'école catholique. C'est de l'identité catholique, en effet, qu'émergent les traits d'originalité de l'école qui se « structure » comme sujet ecclésial, comme lieu d'une authentique action pastorale spécifique. L'école partage la mission évangélisatrice de l'Eglise et est un lieu privilégié où se réalise l'éducation chrétienne. En cette direction, « les écoles catholiques sont à la fois lieux d'évangélisation, d'éducation intégrale, d'inculturation et d'apprentissage du dialogue de vie entre jeunes de religions et de milieux sociaux différents ».(10) Le caractère ecclésial de l'école est donc inscrit au cœur même de son identité d'institution scolaire. Elle est vraiment sujet ecclésial en raison de son action scolaire où « fusionnent harmonieusement la foi, la culture, la vie ».(11) Il faut donc réaffirmer avec force que la dimension ecclésiale ne constitue pas une caractéristique surajoutée, mais est une qualité propre et spécifique, qui pénètre et façonne chaque instant de son action éducative, partie fondamentale de son identité même et point focal de sa mission.(12) La promotion d'une telle dimension reste l'objectif de tout membre de la communauté éducative.

12. Ainsi, en vertu de son identité, l'école catholique est un lieu d'expérience ecclésiale, dont la communauté chrétienne est la matrice. Dans ce contexte, il est à rappeler qu'elle ne réalise sa vocation propre d'authentique expérience d'Eglise que si elle se situe à l'intérieur d'une pastorale organique de la communauté chrétienne. De manière tout à fait particulière l'école catholique permet de rencontrer les jeunes dans une ambiance favorable à la formation chrétienne. Malheureusement, il faut enregistrer qu'en certains cas l'école catholique n'est pas perçue comme partie intégrante de la réalité pastorale; elle est parfois considérée comme étrangère, ou presque, à la communauté. Il est donc urgent de promouvoir une nouvelle sensibilité dans les communautés paroissiales et diocésaines, pour qu'elles se sentent elles-mêmes appelées en premier à prendre en charge l'éducation et l'école.

13. Dans le vécu ecclésial, l'école catholique est connue surtout comme expression d'Instituts religieux, qui, par charisme religieux ou par attention spécifique se sont consacrés à elle généreusement. A l'heure présente ne manquent pas les difficultés dues à la préoccupante réduction numérique, mais aussi à la circulation de graves méprises qui risquent de provoquer l'abandon de la mission éducative. C'est ainsi que l'on sépare d'une part l'engagement scolaire de l'action pastorale, tandis que, d'autre part, l'activité concrète trouve des difficultés à se conjuguer avec les exigences spécifiques de la vie religieuse. Les intuitions fécondes des saints fondateurs montrent plus radicalement que tout autre argumentation le manque de fondement et la précarité de semblables assertions. Il nous semble aussi opportun de rappeler que la présence des consacrés à l'intérieur de la communauté éducative est indispensable car « les personnes consacrées sont en mesure de développer une action éducative particulièrement efficace »;(13) elles sont un exemple du don de soi, gratuit et sans réserve, au service des autres dans l'esprit de la consécration religieuse. La présence simultanée de religieuses et de religieux, et aussi de prêtres et de laïcs, offre aux étudiants « une vivante image de l'Eglise et facilite la connaissance de ses richesses ».(14)

Identité culturelle de l'école catholique

14. De la nature de l'école catholique tire aussi son origine un des éléments les plus expressifs de l'originalité de son projet éducatif: la synthèse entre culture et foi. Le savoir en effet, placé dans l'horizon de la foi, devient sagesse et conception de vie. La tension à conjuguer raison et foi, devenue l'âme de chacune des disciplines, leur donne unité, articulation et coordination, en faisant émerger de l'intérieur même du savoir scolaire la vision chrétienne du monde, de la vie, de la culture, de l'histoire. Dans le projet éducatif de l'école catholique on ne fait donc pas de séparation entre les temps d'apprentissage et les temps d'éducation, entre les temps de la connaissance et les temps de la sagesse. Les diverses disciplines ne présentent pas seulement des connaissances à acquérir mais des valeurs à assimiler et des vérités à découvrir.(15) Tout ceci exige une ambiance caractérisée par la recherche de la vérité, où les éducateurs, compétents, convaincus et cohérents, maîtres de savoir et de vie, soient les icônes, imparfaites certes, mais non dépourvues d'éclat, de l'unique Maître. Dans la perspective d'un tel projet éducatif chrétien, toutes les disciplines doivent collaborer, de leur savoir spécifique propre, à la construction de personnalités en possession de leur maturité.

« Le souci de l'instruction c'est l'amour » (Sap 6,17)

15. Dans la dimension ecclésiale s'enracine aussi la marque distinctive de l'école catholique comme école pour tous, avec une particulière attention portée aux plus petits. L'histoire a vu surgir la plus grande partie des institutions catholiques d'éducation et d'enseignement comme une réponse aux nécessités des catégories moins favorisées du point de vue social et économique. Ce n'est pas une nouveauté d'affirmer que les écoles catholiques tirent leur origine d'une profonde charité éducative envers des enfants et adolescents abandonnés à eux-mêmes et privés de toute forme d'éducation. Aujourd'hui encore, en de nombreuses aires du monde, c'est la pauvreté matérielle qui empêche de nombreux enfants et adolescents d'accéder à l'instruction et à une adéquate formation humaine et chrétienne. En d'autres, ce sont de nouvelles pauvretés qui interpellent l'école catholique; celle-ci, comme dans le passé, peut être amenée à vivre des situations d'incompréhension, de défiance et de manque de moyens. Les enfants pauvres qui au XVème siècle étaient instruits par les Ursulines, les enfants que Calasanz voyait courir et crier dans les rues de Rome, que De la Salle rencontrait dans les pauvres villages de France ou qu'accueillait Don Bosco, nous pouvons les rencontrer parmi ceux qui ont perdu le sens authentique de la vie et se trouvent privés de tout élan vers l'idéal, à qui ne sont pas proposées les valeurs et qui ne connaissent plus la beauté de la foi, qui ont sur les épaules des familles désunies et incapables d'amour, vivent souvent des situations de détresse matérielle et spirituelle, deviennent esclaves des nouvelles idoles d'une société qui souvent ne leur présente guère qu'un avenir de chômage et de marginalité. C'est à ces nouveaux pauvres que se tourne dans un esprit d'amour l'école catholique. En ce sens elle-même, née du désir d'offrir à tous, surtout aux plus pauvres et aux marginaux, la possibilité d'une instruction, d'un début de travail et d'une formation humaine et chrétienne, doit pouvoir trouver dans le contexte des anciennes et nouvelles pauvretés cette synthèse originale de passion et d'amour éducatif, expression de l'amour du Christ pour les pauvres, les petits, pour toutes les multitudes à la recherche de la vérité.

L'école catholique au service de la société

16. L'école ne peut être pensée séparément des autres institutions d'éducation et administrée comme un corps à part, mais elle doit être mise en rapport avec le monde de la politique, de l'économie, de la culture et avec la société dans son ensemble. Il revient ainsi à l'école catholique d'affronter avec détermination la nouvelle situation culturelle, de se placer comme instance critique des projets éducatifs partiaux, comme exemple et stimulant pour les autres institutions éducatives, de se faire frontière avancée de la préoccupation éducative de la communauté ecclésiale. C'est ainsi que se réalise clairement le rôle public de l'école catholique qui ne naît pas comme initiative privée, mais comme expression de la réalité ecclésiale, revêtue de par sa nature même d'un caractère public. Elle accomplit un service d'utilité public et, bien que clairement et ouvertement configurée selon les perspectives de la foi catholique, n'est nullement réservée aux seuls catholiques, mais est ouverte à tous ceux qui semblent apprécier et partager une proposition éducative qualifiée. Cette dimension d'ouverture est particulièrement évidente dans les pays majoritairement non chrétiens et en voie de développement, où depuis toujours les écoles catholiques sont, sans discrimination aucune, promotrices de progrès civil et de promotion de la personne.(16) Les institutions scolaires catholiques, à l'égal des écoles d'Etat, accomplissent en outre une fonction publique, garantissant par leur présence le pluralisme culturel et éducatif et, par-dessus tout, la liberté et le droit de la famille à voir s'actuer l'orientation éducative qu'elle entend donner à la formation de ses propres enfants.(17)

17. Dans cette perspective, l'école catholique tisse un dialogue serein et constructif avec les Etats et la communauté civile. Le dialogue et la collaboration doivent se baser sur le respect mutuel, la reconnaissance réciproque de leur rôle propre et le service commun à l'égard de l'homme. Pour réaliser cet objectif, l'école catholique s'insère de bon gré dans les organisations scolaires des diverses nations et dans la législation de chacun des Etats, quand ceux-ci se montrent respectueux des droits fondamentaux de la personne, à commencer par le respect de la vie et de la liberté religieuse. Le rapport correct entre l'Etat et toute école — pas seulement catholique — se pose non pas tant à partir des relations institutionnelles qu'à partir du droit de la personne à recevoir une éducation adéquate selon son libre choix. Droit auquel on répond selon le principe de subsidiarité.(18) En effet, « les pouvoirs publics, dont le rôle est de protéger et de défendre les libertés des citoyens, doivent veiller à la justice distributive en répartissant l'aide des fonds publics de telle sorte que les parents puissent jouir d'une authentique liberté dans le choix de l'école de leurs enfants selon leur conscience ».(19) C'est dans le cadre non seulement de la proclamation formelle de ce droit fondamental de l'homme, mais aussi de son exercice effectif, que se pose, en certains pays, le problème crucial de la reconnaissance juridique et financière de l'école qui n'est pas école d'Etat. Nous faisons nôtre le souhait de Jean-Paul II, exprimé récemment une fois encore, pour que dans tous les pays démocratiques, « l'on parvienne enfin à réaliser pour les écoles qui ne sont écoles d'Etat une vraie égalité, qui soit en même temps respectueuse de leur projet éducatif ».(20)

Style d'éducation de la communauté éducative

18. En arrivant à la conclusion nous voudrions nous entretenir brièvement du style et du rôle de la communauté éducative constituée par la rencontre et la collaboration de différentes présences: élèves, parents, enseignants, équipe de gestion et personnel non-enseignant.(21) A ce propos, l'on doit rappeler à juste titre l'importance du climat relationnel et du style des relations. Tout au long de l'âge evolutif, des relations personnelles et significatives avec des éducateurs sont nécessaires et les connaissances elles-mêmes ont une incidence plus grande dans la formation de l'étudiant si elles se situent dans un contexte d'engagement personnel, de réciprocité authentique, de cohérence d'attitudes, de styles et de comportements quotidiens. C'est dans cet horizon que se promeut, dans la nécessaire sauvegarde des rôles respectifs cependant, la figure de l'école comme communauté, qui est un des enrichissements de l'institution scolaire contemporaine.(22) Il est aussi utile de rappeler, en accord avec le Concile Vatican II,(23) que la dimension communautaire de l'école catholique n'est pas une simple catégorie sociologique, mais qu'elle a aussi un fondement théologique. La communauté éducative, globalement prise, est ainsi appelée à promouvoir l'objectif d'une école comme lieu de formation intégrale à travers la relation interpersonnelle.

19. Dans l'école catholique « la responsabilité première dans l'instauration du style spécifiquement chrétien incombe aux éducateurs, considérés à la fois comme personnes et comme communauté ».(24) L'enseignement est une activité de l'homme d'une extraordinaire épaisseur morale, l'une des plus hautes et des plus créatives: l'enseignant en effet n'écrit pas sur une matière inerte, mais dans l'esprit même des hommes. Il assume, donc, une valeur extrêmement importante: la relation personnelle entre enseignant et élève, qui ne saurait se limiter à un simple donner et recevoir. Par ailleurs, on doit être toujours plus conscient qu'enseignants et éducateurs vivent une vocation spécifiquement chrétienne et une participation également spécifique à la mission de l'Eglise et « c'est d'eux avant tout qu'il dépend que l'école catholique soit en mesure de réaliser ses buts et ses desseins ».(25)

20. Dans la communauté éducative, les parents, prioritairement responsables selon la nature de l'éducation de leurs enfants, ont un rôle tout spécialement important. Malheureusement on assiste aujourd'hui à la tendance répandue de déléguer ce devoir originaire. Aussi devient-il nécessaire de donner une impulsion, non seulement aux initiatives qui exhortent à l'engagement, mais aussi à celles qui offrent un soutien concret et adapté en impliquant les familles dans le projet éducatif(26) de l'école catholique. Un objectif constant de l'éducation scolaire résidera donc dans la rencontre et le dialogue avec les parents et les familles; celui-ci sera favorisé par la promotion des associations de parents, pour établir par leur apport irremplaçable cette personnalisation qui rend efficace l'ensemble du projet éducatif.

Conclusion

21. Le Saint Père, dans une formule significative, a indiqué que la voie de l'homme est route du Christ et de l'Eglise.(27) Une telle voie ne peut être étrangère aux pas des évangélisateurs, qui, en la parcourant, rencontrent l'urgent défi de l'éducation. L'engagement dans l'école se révèle ainsi un devoir irremplaçable, mieux encore l'investissement en hommes et en moyens dans l'école catholique devient un choix prophétique. Au seuil du troisième millénaire, nous entendons encore retentir fortement la consigne que le Concile Vatican II, « Pentecôte de l'Eglise », adressait à l'école catholique: « en étant grandement utile à l'accomplissement de la mission du peuple de Dieu et en servant au dialogue entre l'Eglise et la communauté des hommes, à l'avantage de l'une et de l'autre, l'école catholique revêt dans les circonstances où nous sommes une importance considérable ».(28)

Prot. N. 29096.

Rome, 28 décembre 1997, fête de la Sainte Famille.

Pio Card. Laghi
Préfet

José Saraiva Martins
Arch. tit. de Tuburnica
Secrétaire

 


(1) La Sacrée Congrégation pour l'Education Catholique, nouvelle dénomination de la Sacrée Congrégation des Séminaires et des Universités, par la Constitution Apostolique Regimini ecclesiae universae, publiée le 15 août 1967 et entrée en vigueur le 1er mars 1968 (AAS, LIX [1967] pp. 885-928), était structurée en trois offices. Avec cette réorganisation était institué l'Office pour les écoles catholiques, dans le but de « développer ultérieurement » les principes fondamentaux de l'éducation, principalement dans les écoles (cf. Conc. Oecum. Vat. II, Décl. sur l'éducation chrétienne Gravissimum educationis, Introduction).

(2) S. Congrégation pour l'Education Catholique, L'école catholique, n. 2.

(3) Cf. S. Congrégation pour l'Education Catholique, L'école catholique, n. 34.

(4) Cf. Conc. Oecum. Vat. II, Décl. sur l'éducation chrétienne Gravissimum educationis, n. 8.

(5) Jean-Paul II, Lett. apostolique Tertio millennio adveniente, n. 58.

(6) Cf. Jean-Paul II, Discours au Ier Congrès de l'Ecole Catholique en Italie, dans « L'Osservatore Romano », 24 novembre 1991, p. 4.

(7) Cf. S. Congrégation pour l'Education Catholique, L'école catholique, n. 35.

(8) S. Congrégation pour l'Education Catholique, L'école catholique, n. 3.

(9) Conc. Oecum. Vat. II, Const. pastorale sur l'Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et Spes, n. 22.

(10) Jean-Paul II, Exhort. apostolique Ecclesia in Africa, n. 102.

(11) Congrégation pour l'Education Catholique, Dimension religieuse de l'éducation dans l'école catholique, n. 34.

(12) Cf. Congrégation pour l'Education Catholique, Dimension religieuse de l'éducation dans l'école catholique, n. 33.

(13) Jean-Paul II, Exhort. apostolique Vita Consecrata, n. 96.

(14) Jean-Paul II, Exhort. apostolique Christifideles laici, n. 62.

(15) Cf. S. Congrégation pour l'Education Catholique, L'école catholique, n. 39.

(16) Cf. Conc. Oecum. Vat. II, Décl. sur l'éducation chrétienne Gravissimum educationis, n. 9.

(17) Cf. Saint Siege, Charte des droits de la famille, art. 5.

(18) Cf. Jean-Paul II, Exhort. apostolique Familiaris consortio, n. 40; cf. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Instruc. Libertatis conscientia, n. 94.

(19) Conc. Oecum. Vat. II, Décl. sur l'éducation chrétienne Gravissimum educationis, n. 6.

(20) Jean-Paul II, Lettre au Préposé General des Clercs des Ecoles Pies, dans « L'Osservatore Romano », 28 juin 1997, p. 5.

(21) Cf. S. Congrégation pour l'Education Catholique, Le laïc catholique, témoin de la foi dans l'Ecole, n. 22.

(22) Cf. Ibid.

(23) Cf. Conc. Oecum. Vat. II, Décl. sur l'éducation chrétienne, Gravissimum educationis, n. 8.

(24) Congrégation pour l'Education Catholique, Dimension religieuse de l'éducation dans l'école catholique, n. 26.

(25) Conc. Oecum. Vat. II, Décl. sur l'éducation chrétienne Gravissimum educationis, n. 8.

(26) Cf. Jean-Paul II, Exhort. apostolique Familiaris consortio, n. 40.

(27) Cf. Jean-Paul II, Lettre encyclique Redemptor hominis, n. 14.

(28) Conc. Oecum. Vat. II, Décl. sur l'éducation chrétienne Gravissimum educationis, n. 8.

mardi, 30 septembre 2008

JM Petitclerc : Autorité et cohérence

Un extrait d'un entretien de Jean-Marie Petitclerc avec Christophe de Galzain du Pélerin. Télécharger le document

Des spectacles au service de l'Évangile

Monter une comédie musicale autour de la parabole du Fils prodigue dans votre établissement, c'est possible avec Éric Julien !

É
ric Julien est auteur-compositeur-interprète, après avoir été journaliste à Bayard Presse et permanent au Service national des vocations. Avec l'équipe de Belle-Isle Productions, il monte depuis plusieurs années des spectacles au service de l'Évangile.

Cette année, il sera accompagné par les musiciens du Trio, au piano, à la basse et aux percussions : une formation au swing efficace, particulièrement adaptée aux rassemblements de jeunes ! Sur le site Internet, vous trouverez une présentation de tous ses spectacles. Mais attention ! son calendrier étant complet jusqu'en février prochain, pensez à le contacter dès maintenant pour le printemps 2009.

Pour plus d’informations :

jeudi, 25 septembre 2008

« L’art d’éduquer selon Edith Stein », par Eric de Rus

« L'éducation pour Edith Stein est cet art suprême dont l'Esprit Saint est le maître et dont l'homme est l'humble collaborateur », explique Eric de Rus, professeur agrégé de philosophie, qui vient de publier un second volume intitulé « L'art d'éduquer selon Edith Stein. Anthropologie, éducation, vie spirituelle » (Cerf, Ed. du Carmel, Ad-Solem). Il avait publié au Cerf un volume intitulé : « Intériorité de la personne et éducation chez Edith Stein » (2006). Pour les lecteurs de Zenit, il explique l'enjeu de cette recherche, au moment où Benoît XVI a indiqué l'éducation comme une priorité dans son diocèse, à Rome.


Zenit - Eric de Rus, comment vous est venu cet intérêt pour un aspect de la vie et de l'œuvre d'Edith Stein jusqu'ici peu mis en lumière : Edith Stein en tant qu'éducatrice ?

Eric de Rus - Comme la plupart des lecteurs français d'Edith Stein - et même sans doute plus largement - je connaissais surtout cet auteur à travers ses textes spirituels. A un degré moindre, certaines de ses œuvres philosophiques avaient retenu mon attention. Ma formation en philosophie et mon engagement professionnel en tant qu'enseignant m'ont rendu particulièrement sensible à un aspect beaucoup moins connu de la vie d'Edith Stein avant son entrée au Carmel : à savoir sa préoccupation pour les questions éducatives. En faisant mieux connaissance avec sa vie et son œuvre,j'ai progressivement réalisé qu'il y avait là une dimension capitale de son message. N'oublions pas que dès sa formation universitaire à Breslau (1911-1913) Edith Stein s'intéresse aux « grandes questions de l'éducation » sans les séparer de « la pratique de l'enseignement ». Intérêt qui persiste les années suivantes durant ses études à l'université de Göttigen. Après sa conversion, et avant d'entrer au Carmel de Cologne, elle aura un double engagement d'enseignante et de conférencière. Enfin, une fois au Carmel, Edith Stein met en lumière la pédagogie de la sainte réformatrice, Thérèse d'Avila. Ses textes spirituels eux-mêmes témoignent de cet intérêt pour l'éducation dont elle approfondit la signification pour en dévoiler la dimension proprement mystique. Il est donc clair qu'Edith Stein a quelque chose à nous dire en la matière !

Zenit - Récemment vous avez consacré un second ouvrage à cette question : « L'art d'éduquer selon Edith Stein. Anthropologie, éducation, vie spirituelle ». A presque trois années d'intervalle, qu'apporte cette seconde publication ?

Eric de Rus - Comme je le précise dans l'introduction de cet ouvrage, qui ouvre une nouvelle collection consacrée à Edith Stein, je m'étais surtout appliqué dans le premier ouvrage à mettre en évidence l'unité de la démarche existentielle, philosophique et spirituelle de cet auteur, en montrant qu'il existait chez elle une relation vitale entre l'anthropologie, l'éducation et la vie spirituelle. Sur cette base, il m'est apparu nécessaire d'entrer beaucoup plus précisément dans la signification de ce rapport. Pour cela j'ai choisi, dans ce second ouvrage, d'explorer les textes (conférences en particulier, ainsi que la correspondance) de la période de la vie d'Edith Stein consacrée à la réflexion et à la pratique éducatives (1923-1933). Mon souci, comme le fait si justement remarquer Marguerite Léna dans la préface de l'ouvrage, fut de « restituer à ces textes divers leur cohérence intime et leur enracinement dans la pensée philosophique et l'expérience mystique de leur auteur ». Ainsi « la réflexion sur l'éducation » apparaît chez Edith Stein comme « le point focal où viennent s'unifier son anthropologie, sa fréquentation de la tradition spirituelle et mystique, de saint Augustin à Thérèse d'Avila et Jean de la Croix, et son expérience personnelle des voies de Dieu. »

Zenit - Pourriez-vous préciser l'importance du lien entre « intériorité » et « éducation » ?

Eric de Rus - Ce lien est en effet crucial. Ce qui m'a saisi, dans la fréquentation priante d'Edith Stein, c'est que la respiration de sa pensée et de sa vie - car chez cette dernière les deux sont entièrement unifiées - réside dans un double mouvement : celui d'une intériorisation et d'une élévation. C'est sur cette intuition que j'ai construit mon second ouvrage. Pour répondre de manière à la fois concise et claire à votre question, je dirai ceci : à partir du moment où l'on conçoit l'éducation comme une « formation de l'être humain tout entier avec toutes ses forces et ses capacités en vue de ce qu'il doit être », alors cela suppose une certaine idée de l'homme. Comme l'écrit Edith Stein, « tout travail éducatif qui s'efforce de former des hommes s'accompagne d'une conception précise de l'homme, de sa place dans le monde et de sa mission dans la vie, ainsi que des possibilités pratiques offertes pour le former ». En d'autres termes la tâche éducative se fonde sur une anthropologie. Il m'a donc fallu mettre en lumière les éléments fondamentaux de la vision steinienne de la personne humaine. Edith Stein envisage l'homme comme une unité de corps, d'âme et d'esprit et montre que l'homme possède une intériorité inviolable qui est le fondement de sa dignité, l'espace sacré de la rencontre avec Dieu et, inséparablement, le lieu de la conscience depuis lequel peuvent s'élever de libres décisions et un authentique dialogue avec le monde. Former un homme, c'est avoir l'audace de servir cette intériorité. Edith Stein donne une formulation très lumineuse de ce lien entre intériorité et éducation lorsqu'elle écrit : « c'est la vie intérieure qui est le fondement ultime : la formation se fait de l'intérieur vers l'extérieur. »

Zenit - Benoît XVI a demandé à son diocèse de Rome de se pencher ce domaine urgent de l'éducation, dans une lettre où il insiste sur cette tâche de tout chrétien... vous y voyez aussi une urgence pour notre temps ?

Eric de Rus - Oui, j'en suis très intimement convaincu. Edith Stein s'était elle-même mise à l'écoute de l'Eglise dans sa mission éducatrice. Ainsi, elle se réfère, par exemple, dans l'une de ses conférences sur la « Formation de la jeunesse à la lumière de la foi catholique » (1933) à la lettre encyclique de Pie XI du 31 décembre 1929 sur l'éducation chrétienne de la jeunesse (Divini illius magistri). L'insistance de Benoît XVI sur l'éducation, tout comme le récent document de la Congrégation pour l'éducation catholique intitulé « Eduquer ensemble dans l'école catholique. Mission partagée par les personnes consacrées et les laïcs » (sept. 2007) n'est pas un hasard. Le défi actuel est bien un défi anthropologique : qui est l'homme, qu'est-ce que vivre authentiquement dans le sens de son être ? Or cela nous situe précisément au cœur de la mission éducative qui est au service du meilleur de la personne. Car éduquer c'est accompagner le déploiement intégral d'une humanité dans le respect de sa vocation naturelle et surnaturelle. Ce n'est qu'à ce prix que la soif de sens, qui caractérise la personne humaine, se trouve honorée.

Zenit - Quel est, selon Edith Stein, le témoignage que l'éducateur est appelé à donner et en quoi ce témoignage peut rejoindre toute personne ?

Eric de Rus - Le témoignage que l'éducateur est appelé à offrir est essentiellement celui d'un service de la dignité et de la beauté de toute personne humaine. Comme le disait Jean-Paul II, il s'agit d'un authentique service de l'humanité que de « découvrir et faire découvrir la dignité inviolable de toute personne humaine ». Cela « constitue une tâche essentielle et même, en un certain sens, la tâche centrale et unifiante du service que l'Eglise, et en elle les fidèles laïcs, est appelée à rendre à la famille des hommes » (Les fidèles laïcs, § 37). L'éducation pour Edith Stein est cet art suprême dont l'Esprit Saint est le maître et dont l'homme est l'humble collaborateur. A partir de cela, la tâche spécifique qui incombe à l'éducateur est double : tout d'abord assurer à ce service de solides assises anthropologiques, puis réfléchir à la manière de réaliser concrètement ce geste anthropologique intégral qu'est l'acte éducatif.

A la question de savoir en quoi ce témoignage rejoint toute personne, je dirai que nul ne peut, s'il veut vivre humainement et avec toute la plénitude possible, éviter de s'interroger sur ce qu'Edith Stein appelle « donner forme à sa vie ». J'ajouterai enfin que l'art d'éduquer selon Edith Stein ouvre au chrétien des perspectives intérieures immenses, en le ramenant au cœur de sa grâce baptismale. Edith Stein nous rappelle en effet que l'homme ne devient pleinement humain que s'il court le risque de la seule grande aventure : celle de la sainteté qui est l'œuvre de l'Esprit Saint. Et l'on ne devient pas saint pour soi, mais pour l'humanité. Car celui qui se livre à l'action éducatrice de l'Esprit et qui se laisse configurer au Christ participe mystérieusement à son œuvre de salut en consacrant le monde à Dieu.

Propos recueillis par Anita S. Bourdin pour ZENITH

La communion missionnaire des Educateurs vous donne rendez vous

Pour son 9ème Congrès à Paris

les 24 et 25 janvier

"Au delà de la crise de l'enseignement, une école catholique au service de la jeunesse"

CITE DU VATICAN, 25 SEP 2008 (VIS). Benoît XVI a reçu les participants au séminaire intitulé: "Au delà de la crise de l'enseignement, une école catholique au service de la jeunesse" (Italie), organisé par le Centre d'études sur l'école catholique, qui fête ses dix ans. Soulignant combien est importante la mission de l'école catholique, le Pape a cité le récent document des évêques italiens rappelant que son existence relève du droit de tout citoyen à choisir l'éducation de ses enfants, droit auquel correspond un devoir de solidarité dans la construction du tissu social. "Pour qu'elle soit choisie et appréciée -a-t-il ajouté- l'école catholique doit être bien consciente de son identité ecclésiale et de son projet culturel, mais aussi de son rôle civil. En effet, elle ne doit pas être comprise comme la défense d'intérêts partisans mais comme une contribution au bien commun de la société italienne toute entière".

Avec l'appui de nombreuses institutions d'enseignement, le Centre d'études a développé en une décennie une "minutieuse observation de l'école catholique en Italie. Il a en particulier suivi attentivement la question de la parité et les projets de réforme de l'enseignement national. Ainsi a-t-il enregistré une augmentation de fréquentation des établissements catholiques dans certaines régions malgré une situation souvent difficile, parfois même critique... C'est dans le cadre du renouveau vers lequel tendent les efforts de qui a à coeur le bien de la jeunesse qu'il convient de favoriser l'égalité entre écoles publiques et privées, égalité qui garantit la liberté de choix" des parents.
AC/CENTRE ETUDES ECOLE CATHOLIQUE/... VIS 080925 (260)

mardi, 23 septembre 2008

Pédagogie du Développement du Caractère et de la Vie Vertueuse

La commission d'éducation de la CÉCO presente un exposé de développement du caractère:

Le Développement du Caractère et la Vie Vertueuse 

jeudi, 18 septembre 2008

L’enjeu éducatif selon la perspective chrétienne

Le principe du droit à l’éducation

« L’éducation a une importance fondamentale pour la formation des rapports inter-humain et sociaux ».

Jean-Paul II à l’UNESCO, 2 juin 1980.

« Elle est le moyen indispensable pour rendre la personne capable de participer à une vie sociale, politique, économique toujours plus complexe et exigeante ».

Jean-Paul II à des juristes catholiques italiens, 7 décembre 1981.

« Le but que poursuit la véritable éducation est de former la personne humaine dans la perspective de sa fin suprême et du bien des sociétés dont l’homme est membre ».

Vatican II, Déclaration « Gravissimum educationis momentum ».

 

   L’éducation : quelle finalité ?

  « L éducation consiste à ce que l’Homme devienne toujours plus Homme, qu’il puisse être davantage et pas seulement qu’il puisse avoir davantage, et que, par conséquent, à travers tout ce qu’il a, tout ce qu’il possède, il sache de plus en plu être Homme ».

  Jean-Paul II à l’UNESCO, 2 juin 1980.

  « Chers frères évêques, au seuil d’un nouveau siècle et d’un nouveau millénaire, l’Eglise continue de proclamer la capacité des êtres humains à connaître la vérité et à grandir dans une authentique liberté, à travers l’acceptation de cette vérité ».

  Jean-Paul II à des évêques américains en visite ad limina, 30 mai 1998.

  « Si, en donnant la vie, les parents prennent part à l’oeuvre créatrice de Dieu, par l’éducation ils prennent part à sa pédagogie à la fois paternelle et maternelle ».

  Jean-Paul II. Lettre aux familles. 1994.

 

  L’éducation, pour une formation intégrale de l’Homme

 

« La science purement humaine semble tout envahir, suffire à tout, expliquer tout. On a souvent aussi défini l’homme de notre civilisation moderne par les mots « homo technicus ». Mais la science et la technique, si développées qu’on les suppose, ne pourront jamais éclairer l’homme sur ses problèmes essentiels : son origine, sa nature, sa fin, ses droits et ses devoirs ».

  Paul VI, Congrès des enseignants catholiques de Montréal, 20 juillet 1970.

  « Mais vous, c’est à l’école elle-même que vous conférez une certaine plénitude. Vous ne tendez pas seulement à coordonner l’élève à l’instrument de son travail et à en faire un complément intelligent et indispensable, mais presque mécanique et dans une certaine mesure lié et subordonné à son instrument ; votre école veut aussi faire de l’élève un homme, un homme complet, un homme pensant, qui réponde de lui-même, un homme au fait des réalités mécaniques, économiques et sociale certes, mais aussi des réalités morales, spirituelles et religieuses, en un mot un chrétien ».

  Paul VI, Congrès d’étude sur la formation professionnelle en Italie, 6 octobre 1963.

Le Vatican en accord avec une théorie de l'évolution théiste

Le Vatican, qui s'apprête à accueillir une importante conférence scientifique sur l'évolution, a affirmé mardi que cette théorie était tout à fait compatible avec la Bible.

La phrase, limpide, lâchée par l'archevêque Gianfranco Ravasi, est loin d'être anodine : "Pour commencer, je voudrais répéter (...) qu'il n'existe aucune incompatibilité entre la théorie de l'évolution et le message de la Bible ou la théologie."

En tant que ministre de la Culture du Vatican, Ravasi participait à l'annonce d'une conférence à Rome rassemblant scientifiques, théologiens et philosophes en mars prochain, à l'occasion du 150e anniversaire de la publication de l'ouvrage de Charles Darwin, L'Origine des espèces. Le christianisme s'est longtemps opposé à la théorie de Darwin, qui contredit une lecture littérale de la création du monde telle que décrite dans la Bible. Le pape Pie XII avait toutefois estimé en 1950 que la théorie de l'évolution était une approche scientifi